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	<title>Japon &#8211; ARACA</title>
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	<title>Japon &#8211; ARACA</title>
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		<title>Interview de Mazarine Lambert : &#8220;Contemplations japonaises&#8221; au Centre Jacques Brel</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Julie GUILLAUME]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Mar 2025 22:31:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Estampes japonaises]]></category>
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					<description><![CDATA[L&#8217;exposition&#160;Contemplations japonaises, présentée au Centre Jacques Brel, a mis en lumière l’art de l’estampe japonaise à travers une sélection d’œuvres issues de la prestigieuse collection Georges Leskowicz. Elle explorait principalement l’époque Edo (1603-1868), période florissante pour l’ukiyo-e, avec des artistes emblématiques tels qu’Utamaro, Hokusai, Hiroshige et Toyokuni. Le Centre Jacques Brel, à Thionville, est un [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>L&#8217;exposition&nbsp;<em>Contemplations japonaises</em>, présentée au Centre Jacques Brel, a mis en lumière l’art de l’estampe japonaise à travers une sélection d’œuvres issues de la prestigieuse collection Georges Leskowicz. Elle explorait principalement l’époque Edo (1603-1868), période florissante pour l’ukiyo-e, avec des artistes emblématiques tels qu’Utamaro, Hokusai, Hiroshige et Toyokuni.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="724" height="1024" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/02/A4DP-CJB-EXPO-ESTAMPES-2_A4-scaled-2-724x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-501" style="width:339px;height:auto" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/02/A4DP-CJB-EXPO-ESTAMPES-2_A4-scaled-2-724x1024.jpeg 724w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/02/A4DP-CJB-EXPO-ESTAMPES-2_A4-scaled-2-212x300.jpeg 212w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/02/A4DP-CJB-EXPO-ESTAMPES-2_A4-scaled-2-768x1086.jpeg 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/02/A4DP-CJB-EXPO-ESTAMPES-2_A4-scaled-2-1086x1536.jpeg 1086w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/02/A4DP-CJB-EXPO-ESTAMPES-2_A4-scaled-2-1448x2048.jpeg 1448w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/02/A4DP-CJB-EXPO-ESTAMPES-2_A4-scaled-2-1200x1697.jpeg 1200w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/02/A4DP-CJB-EXPO-ESTAMPES-2_A4-scaled-2-1320x1867.jpeg 1320w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/02/A4DP-CJB-EXPO-ESTAMPES-2_A4-scaled-2.jpeg 1810w" sizes="(max-width: 724px) 100vw, 724px" /></figure></div>


<p>Le Centre Jacques Brel, à Thionville, est un lieu culturel ouvert à tous, proposant expositions, ateliers tout au long de l’année. Avec sa programmation variée, il met en avant des artistes d’horizons divers et favorise les rencontres autour de l’art. <br></p>



<p>Cette exposition fut ainsi l’occasion de s’intéresser à la représentation des femmes dans l’estampe japonaise, illustrant des scènes de la vie quotidienne, de la mode et des arts, tout en offrant un regard sur la subtilité et le raffinement de cet art graphique. En parallèle, elle a pu établir un dialogue avec l’artiste contemporaine Makiko Furuichi, dont le travail s’inspire des codes esthétiques japonais tout en apportant une approche moderne.</p>



<p>Conçue comme une invitation à la contemplation, l’exposition proposait un parcours révélant l’héritage artistique et culturel de l’estampe japonaise, ainsi que son influence durable sur l’art occidental et contemporain.</p>



<p>L’ARACA a eu la chance de pénétrer les coulisses de l’exposition&nbsp;<em>Contemplations japonaises</em>&nbsp;et d’échanger avec Mazarine Lambert, chargée de mission au Centre Jacques Brel. À travers cette rencontre, nous avons pu en apprendre davantage sur la conception de l’exposition, le travail mené avec la collection Georges Leskowicz, ainsi que les choix scénographiques et pédagogiques qui permettent au public de découvrir l’estampe japonaise à Thionville. <br></p>



<p>Vous trouverez ici cet échange passionnant, éclairant les défis et enjeux du commissariat d’exposition !</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/P1023790-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-526" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023790-1024x683.jpg 1024w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023790-300x200.jpg 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023790-768x512.jpg 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023790-1536x1024.jpg 1536w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023790-2048x1365.jpg 2048w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023790-1200x800.jpg 1200w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023790-1980x1320.jpg 1980w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">© Yixing TU</figcaption></figure>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color"><strong>Le commissariat d&#8217;exposition</strong></mark></p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-primary-color">Mazarine, quel a été ton rôle tout au long de la conception de cette exposition ? Et celui des autres membres de l&#8217;équipe ?</mark></strong></p>



<p>Je suis chargée de mission. C’est un rôle pluridisciplinaire qui fait la richesse de ce métier. Lors de cette exposition, j’ai été chargée des recherches sur l’objet de l’estampe, sur le thème de la femme dans l’estampe et sur la culture japonaise à l’époque Edo. Je me suis également chargée de la communication de l’exposition, et notamment des relations presse.<br></p>



<p>Dans l’équipe, nous sommes toutes très complémentaires. Caroline Rinaldi, la directrice, a été en contact direct avec le collectionneur Georges Leskowicz ainsi qu&#8217;avec ses collaboratrices afin de monter ce projet dans sa totalité. Sabrina Bordin, elle, est coordinatrice. Elle s’est principalement chargée de tout la logistique et la régie de l’exposition entre autres.<br></p>



<p>Nous avons également fait appel à une graphiste <em>freelance </em>: son travail a été de retravailler le visuel de l’estampe choisie pour l’affiche. En effet, nous avons demandé à faire modifier le fond de l’estampe d’Utamaro. Nous avons préféré la couleur verte pour faire ressortir les silhouettes des courtisanes à la couleur papier originale de l&#8217;estampe.</p>



<p><strong>Comment est né ce projet d&#8217;exposition ?</strong></p>



<p>Ce projet est né lors de l&#8217;exposition &#8220;Paysages&#8221; qui s&#8217;est tenue au CJB en 2020. Nous avions eu un premier contact avec le collectionneur pour le prêt de six estampes de Hiroshige, qui avaient été très bien accueillies par le public. En 2025, le Japon accueillera l&#8217;exposition universelle, cela permettait de faire un parallèle avec cet événement. On voit également un engouement assez général de la part du public pour l&#8217;art et la culture japonaise !</p>



<p><strong>Quelles ont été les principales difficultés ou défis rencontrés dans l’élaboration de cette exposition et comment les avez-vous surmontés ?</strong></p>



<p>Il y a eu deux challenges. Le premier a été de choisir un thème, un axe de commissariat pour cette exposition dans la mesure où la collection de Georges Leskowicz compte plus de 4 000 estampes traitant de sujets très variés. Il fallait donc choisir un axe d’exposition précis pour resserrer le sujet. Notre choix s’est porté assez naturellement sur l’image de la femme. Elle est beaucoup représentée dans les estampes mais le sujet en lui-même est peu exploité d’après l’une des collaboratrices du collectionneur.<br></p>



<p>Le deuxième a été de s’assurer que notre lieu est en capacité de recevoir des œuvres aussi précieuses et rares, respecter toutes les conditions de conservation et d’exposition des estampes. Le commissariat s’est donc fait en concertation avec Georges Leskowicz et la direction et ses collaboratrices.</p>



<p></p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">La collaboration avec les partenaires et la Fondation Leskowicz</mark></strong><br></p>



<p><strong>L’exposition repose en effet sur la collection de Georges Leskowicz, qui possède l’un des plus importants&nbsp;fonds d’estampes japonaises en Europe. Comment s’est initiée la collaboration avec lui et la Fondation ?</strong></p>



<p>C’est en 2020 qu’un premier contact a eu lieu pour le prêt des six estampes de Hiroshige : toute l’équipe a rêvé devant ces merveilles. Nous avons souhaité un projet plus ambitieux, mais malheureusement, le Covid a mis le monde à l’arrêt et tous les projets culturels avec lui. L’échange s’est un peu arrêté, mais on avait toujours ça en tête : une exposition de plus grande envergure.</p>



<p>Suite à l’épidémie, la Fondation avait engagé des projets avec d’autres institutions. On a donc dû trouver le moment opportun pour pour pouvoir présenter toutes ces estampes. Cette longue période de 2020 à 2024 nous a permis de rencontrer les collaboratrices de Georges Leskowicz et de mûrir le projet !</p>



<p>Il y a eu énormément d’échanges écrits, parlés, en face à face aussi. Cela a permis d’amener une relation de confiance entre eux et nous pour qu’ils acceptent ce projet : des estampes d’une telle qualité et rareté ne sont normalement présentées que dans des institutions muséales. C’est assez exceptionnel de pouvoir les montrer à Puzzle.</p>



<p><strong>Y a-t-il eu un dialogue particulier avec Georges Leskowicz sur les œuvres à sélectionner ? Quels ont été les échanges les plus marquants ?</strong></p>



<p>Il y en a énormément, plus de 4 000. On a voulu savoir si on pouvait présenter des femmes dans leur vie quotidienne, soit dans des moments d’intimité, dans des scènes de maternité, des geisha, des oiran… On ne savait pas trop, donc on a un petit peu élargi ce sujet. Et puis, chaque peintre a sa spécificité. Utamaro peint des portraits assez détaillés dans des scènes très intimes.</p>



<p><br>Lorsque l’on a proposé ce thème à Georges Leskowicz, il a trouvé ça tout de suite très intéressant – notamment l’axe de la présentation de toutes ces femmes. Déjà, par le caractère exceptionnel de cette thématique, de placer la femme de manière centrale dans cette exposition, mais il a également aimé l’idée d’avoir l’opportunité de montrer l’évolution des représentations des femmes à travers le temps – l’évolution de la mode, de la main d’artistes de décennies différentes. Il y a vraiment cette évolution de la représentation de la femme dans les estampes.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/P1023779-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-529" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023779-1024x683.jpg 1024w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023779-300x200.jpg 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023779-768x512.jpg 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023779-1536x1024.jpg 1536w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023779-2048x1365.jpg 2048w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023779-1200x800.jpg 1200w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023779-1980x1320.jpg 1980w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">© Yixing TU</figcaption></figure>



<p><strong>Comment s&#8217;est articulé le travail de recherche autour de ces oeuvres ?</strong></p>



<p>Il y a eu un très gros travail de recherche de la part de toute l’équipe. Même si chacune a son rôle, on est très complémentaires. On a regardé des documentaires, lu des livres, des articles, regardé des interviews pour s’immerger dans cette culture, dans les pratiques artistiques de l’estampe, dans la représentation des femmes à l’époque Edo. Déjà, pour<br>notre culture personnelle et ensuite pour la partager avec notre public. C’est vraiment très important.</p>



<p><br>Mais c’est quelque chose qu’on fait pour toutes nos expositions. On ne présente jamais un sujet et des œuvres sans les connaître le plus possible. Notre rôle, c’est de transmettre, de partager toutes nos connaissances, et en accumuler sur le parcours des artistes représentés, sur leur technique, sur leur spécificité. On ne va pas présenter de la même manière Utamaro, Eishi ou Hiroshige : ils ont des parcours très différents.<br></p>



<p>Il y a aussi eu un travail de sélection de toutes ces recherches. On essaie de les condenser un maximum et de trouver les informations, même si elles sont toutes très intéressantes, les plus pertinentes dans notre exposition. Il s’agissait de savoir les adapter non seulement au public adulte, mais aussi au public enfant, à un public averti, mais aussi à un public néophyte.</p>



<p><strong>Cette exposition implique une dimension contemporaine avec l’artiste Makiko Furuichi. Comment s’est organisée cette collaboration et quel était l’objectif de ce dialogue entre tradition et modernité ?</strong></p>



<p>Le cœur du projet de l&#8217;association Centre Jacques Brel, c’est de montrer une programmation contemporaine à notre public. Cela nous semblait important de contrebalancer les estampes avec une artiste contemporaine, de proposer un travail d&#8217;aujourd&#8217;hui, d&#8217;une artiste japonaise, née au Japon. Le but n&#8217;était pas seulement de trouver un ou une artiste japonaise, parce que la personne était japonaise, mais de pouvoir lier son travail avec les estampes. Ce qui est très intéressant dans le travail de Makiko, c&#8217;est qu&#8217;elle travaille le textile : on a deux tissus teints qui rappellent tous ces kimonos superbes qu&#8217;on voit dans les estampes. Makiko travaille beaucoup avec des végétaux qui sont représentés dans les kimonos, ces motifs assez répétés. Et puis, son travail est emprunt de symboles de la culture japonaise, du folklore japonais. Il s&#8217;agissait de vraiment mettre en regard des artistes illustres d&#8217;antan avec un regard contemporain, mais toujours avec un lien.<br></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/P1023840-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-528" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023840-1024x683.jpg 1024w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023840-300x200.jpg 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023840-768x512.jpg 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023840-1536x1024.jpg 1536w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023840-2048x1365.jpg 2048w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023840-1200x800.jpg 1200w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023840-1980x1320.jpg 1980w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">© Yixing TU</figcaption></figure>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color"><strong>Organisation et logistique de l&#8217;exposition </strong></mark></p>



<p><strong>Comment s’est déroulée la mise en place de la scénographie ? Quels choix ont été faits pour mettre en valeur les œuvres et respecter leur intégrité ?</strong></p>



<p>On a choisi de ne pas séparer les œuvres d&#8217;un même artiste, pour plus de cohérence et de compréhension. On a fait un parcours historique. On commence par une œuvre assez importante : <em>La chasse aux lucioles</em> de Chōki, qui est l&#8217;une des plus anciennes que l&#8217;on ait, puisqu&#8217;elle a 235 ans &#8211; plus de deux siècles. C’est assez extraordinaire, d’ailleurs. Puis, on se promène à travers les époques. On a décidé d&#8217;isoler les estampes d’Utamaro, au centre de la pièce dans ce cube assez intime. Utamaro présente des femmes dans des activités très intimes se maquillant, se nettoyant les dents dans des scènes avec une femme avec son enfant. C’est un traitement de la représentation de la femme assez différent et unique des autres artistes représentés. Et puis, le parcours est aussi ponctué d&#8217;œuvres assez uniques, comme les deux surimonos de Hokusai qui sont, je le répète, extraordinaires tant par leur rareté que par leur peintre (quand on parle art japonais, la première chose à laquelle on pense est <em>La grande vague de Kanagawa</em>). On a eu la chance d&#8217;avoir ces deux surimonos de Hokusai. <br></p>



<p><strong>Quelles ont été les étapes majeures du travail avec les prêteurs d’œuvres, notamment en termes de conservation et de transport ?</strong></p>



<p>La toute première étape, c’était le contact avec la Fondation. cette mise en confiance, mûrir ce projet. Ensuite, l’étape qui nous a probablement pris le plus de temps, ça a été la sélection des estampes, puisqu’il y a un énorme fond, très impressionnant. Caroline s’est déplacée plusieurs fois pour voir les estampes : c’est elle qui a eu un premier contact vraiment visuel avec les estampes puisque c’est bien plus parlant de les voir en réalité que derrière un écran. Donc, la sélection des oeuvres, et ce choix de commissariat arrêté sur ce thème.<br></p>



<p>Ensuite, ça a été la phase beaucoup plus logistique, l’encadrement des oeuvres, puisque vous ne pouvez pas les présenter n’importe comment, évidemment. Le système de protection des oeuvres, le système d’accrochage, le transport, cette phase de régie.<br></p>



<p>Et enfin, la dernière étape est la communication : à savoir le choix du visuel à apposer sur tout nos supports de communication. On voulait un visuel très parlant pour le public Lorsque l’on parle d’estampes japonaises, globalement, on voit tous un portrait de belle femme. Le choix s’est porté sur l’une des représentations de Utamaro, l’un des maitres de l’estampe japonaise. Georges Leskowicz et son équipe ont validé non seulement les contenus textuels mais également le changement de fond de l’estampe.</p>



<p><strong>L’estampe japonaise nécessitant des conditions de conservation spécifiques (lumière, humidité, etc.), quelles précautions particulières ont dû être prises pour cette exposition ?</strong></p>



<p>Les normes de conservation préventives sont stipulées sur le contrat de prêt. Nous avons l’avantage de bénéficier d’une salle noire qui, comme son nom l’indique, ne reçoit aucune source de lumière naturelle. Pour des œuvres aussi précieuses, on doit respecter un taux de 50 lux, ce qui est peu. Cette salle est vraiment propice à recevoir des œuvres d’une telle préciosité.</p>



<p><br>Notre technicien lumière a travaillé sur chacune des estampes avec des spot  afin d’obtenir un éclairage précis. On ne peut pas éclairer toute la journée de telles œuvres. L’exposition est ouverte de 14 h à 18 h pendant deux mois, ce qui est raisonnable. Ces estampes sont exposées ici pour un petit moment, mais par la suite, elles ne vont pas pouvoir être exposées ailleurs. Elles vont devoir passer un temps dans les réserves.</p>



<p>Évidemment, le public peut prendre des photos mais sans le flash. Toutes ces normes de conservation sont assez dingues lorsque l’on sait qu’à l’origine les estampes n’étaient considérées comme des œuvres d’art.</p>



<p><br>Il est nécéssaire d’en prendre soin pour qu’elles perdurent !</p>



<p><br>Il a également fallu maîtriser le taux d’hygrométrie, d’humidité de la salle grâce à des instruments. On fait des relevés qui attestent que la salle est en capacité de recevoir ces œuvres. Concernant la sécurité des œuvres : un membre de l’équipe du CJB est constamment présent dans la salle d’exposition lors de l’ouverture au public pour assurer la sécurité des œuvres en plus de la médiation.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">&nbsp;La médiation et l&#8217;accueil du public</mark></strong></p>



<p><strong>L’exposition s’adresse à un public varié, des amateurs d’art japonais aux visiteurs néophytes. Quelles stratégies de médiation ont été mises en place pour rendre l’exposition accessible à tous ?</strong></p>



<p>On essaye de toucher un maximum de personnes. Adultes, enfants, avertis, néophytes. Ça, c&#8217;est vraiment le cœur de notre projet, de notre métier. Donc, on propose une médiation adaptée à toutes et à tous. C&#8217;est une exposition qui est très contemplative, même s&#8217;il y a beaucoup de choses à dire dessus. L’œil se plaît à regarder les estampes sans forcément trop d’informations. </p>



<p>Par exemple, pour les enfants, on va sélectionner quelques estampes telles que celle de Chōki avec la chasse aux lucioles. Les personnes représentées pratiquent un loisir qui est concret. Cela nous permet vraiment d&#8217;expliquer, de rendre l&#8217;image vivante pour l’enfant. Pour Utamaro, c&#8217;est aussi assez simple puisque l&#8217;estampe renvoie à ce qu&#8217;elle montre : c&#8217;est une femme se maquillant. En plus, c&#8217;est quelque chose que nous-mêmes, on fait aujourd’hui. Une estampe également intéressante à regarder c&#8217;est <em>Hanami, contemplation des fleuraisons</em>, de Hiroshige, puisqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un événement important aujourd&#8217;hui encore dans la vie des Japonais. Et puis, c&#8217;est quelque chose de beau, que les enfants connaissent en général. En Occident, quand on voit des cerisiers en fleurs, on pense spontanément au Hanami. C’est le moment, au Japon, où il y a le plus de tourisme. Donc, on va se concentrer sur des œuvres qui ont une histoire facile à raconter.</p>



<p>On ne leur parle pas des maisons vertes, on sélectionne quand même les informations. Un enfant reste très curieux, pose beaucoup de questions. La médiation se fait assez naturellement, ces sont des questions-réponses toujours très intéressants. Ils vont trouver des détails qui semblent évidents mais que nous, on a peut-être trop intellectualisés. C’est vraiment très intéressant de discuter avec les enfants.</p>



<p>Et puis, on parle aussi avec l’enfant de manière un peu plus simple du procédé de fabrication d&#8217;une estampe. On va prendre l&#8217;exemple d&#8217;un tampon qui est très parlant pour eux. Pour les adultes, c’est à peu près les mêmes informations mais un petit peu plus détaillées. On va pouvoir parler notamment de la censure du shogunat de l’époque, de ces maisons vertes, de la différence entre une estampe et un surimono, du format de l’estampe, de la vie aussi des peintres. On aime beaucoup faire la médiation à base d’anecdotes. C&#8217;est toujours très intéressant et très parlant, et on retient tous ces petits détails croustillants de l&#8217;histoire, du gossip, qu&#8217;on aime tous. On aime beaucoup parler des œuvres de cette manière. <br></p>



<p>Pour la médiation, on organise chaque premier dimanche du mois une visite commentée tout public. C’est aussi très intéressant. C’est une visite qui dure moins d&#8217;une heure puisqu&#8217;on donne quelques clés. Mais il reste primordial que le visiteur se promène tout seul dans l&#8217;exposition et puisse voir les détails. Dans notre médiation, on ne peut pas s&#8217;arrêter sur chaque détail.</p>



<p>On discute par exemple des motifs des kimonos qui reviennent très souvent comme le bambou, le chrysanthème, les pivoines, Et après, c&#8217;est le visiteur, s&#8217;il le souhaite, qui peut aller voir tous ces détails. On propose également deux conférences faites par Catherine Koenig, une conférencière nationale sur le thème de l’exposition. Souvent, les gens viennent à une conférence, absorbent plein de contenus théoriques sur les estampes et l&#8217;appliquent dans l’exposition. C&#8217;est très intéressant de parler avec ce public qui a engorgé plein de connaissances, qui s&#8217;est vraiment intéressé à la culture japonaise.</p>



<p><strong>Depuis l’ouverture, avez-vous eu des retours du public ou des interactions marquantes qui vous ont particulièrement touchées ?</strong></p>



<p>Oui, on a des retours très positifs du public. Je pense que ce qu&#8217;il ressort vraiment, c&#8217;est l’émerveillement. On a la chance d&#8217;avoir une telle exposition dans un tiers lieu, qui accueille un public de tout âge, de partout finalement. Donc, on bénéficie de cette visibilité, et ce qui ressort vraiment, c&#8217;est l’émerveillement.</p>



<p>Les gens sont ravis d&#8217;avoir une telle exposition à Puzzle, à Thionville, dans le Grand Est. Ils sont très surpris aussi. On nous demande assez régulièrement si ce ne sont pas des reproductions. Mais je pense que, pour nous, ça paraît évident, mais c&#8217;est vrai que ça peut ne pas l&#8217;être du tout. Le public est très content d&#8217;avoir accès à ça ici, parce qu&#8217;en général, c&#8217;est plutôt à Paris, où tout est très centralisé. C&#8217;est spécial d&#8217;y avoir accès dans des villes plus petites. Donc, le public est vraiment très, très content. </p>



<p>Il y a également le fait que cette exposition soit entièrement gratuite : cela permet au public de revenir assez régulièrement. Il y en a beaucoup qui reviennent parce que, mine de rien, même si on a une quarantaine d’estampes, elles sont tellement détaillées, elles ont tellement d&#8217;histoires à raconter, qu’on a envie de revenir plusieurs fois.</p>



<p><strong>Enfin, que souhaites-tu que les visiteurs retiennent avant tout de&nbsp;<em>Contemplations japonaises</em>&nbsp;?</strong></p>



<p>De l&#8217;émerveillement, encore une fois. Que l&#8217;art est à la portée de toutes et tous, que c&#8217;est très facile de franchir la porte d&#8217;un lieu culturel, et que, comme on disait, il n&#8217;est pas forcément nécessaire de se rendre dans un musée ou dans une institution pour voir de l’art !</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/P1023812-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-533" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023812-1024x683.jpg 1024w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023812-300x200.jpg 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023812-768x512.jpg 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023812-1536x1024.jpg 1536w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023812-2048x1365.jpg 2048w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023812-1200x800.jpg 1200w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/P1023812-1980x1320.jpg 1980w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">© Yixing TU</figcaption></figure>



<p>Mazarine LAMBERT, chargée de mission au Centre Jacques Brel, Thionville.</p>



<p>Interview par Julie GUILLAUME et Yixing TU.</p>
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		<title>Quelles sont les origines de la porcelaine japonaise ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Philippine LIGNEAU]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Mar 2025 21:14:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archéologie]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'art]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
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					<description><![CDATA[Article pour la maison de vente de céramique d’art japonaise Maison Wabi-Sabi, Janvier 2025 L’histoire de la céramique d’Hizen est en tout point fascinante. Les potiers du Nord-Ouest de l’île de Kyūshū ont su conjuguer l’excellence de leur art, une adaptabilité aux marchés locaux et internationaux, ainsi qu’une quête constante d’innovation et de perfectionnement. La [&#8230;]]]></description>
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<p><a href="https://www.maisonwabisabi.com/bassin-de-hizen/"><strong>Article pour la maison de vente de céramique d’art japonaise <em>Maison Wabi-Sabi, </em>Janvier 2025</strong></a></p>



<p>L’histoire de la céramique d’Hizen est en tout point fascinante. Les potiers du Nord-Ouest de l’île de Kyūshū ont su conjuguer l’excellence de leur art, une adaptabilité aux marchés locaux et internationaux, ainsi qu’une quête constante d’innovation et de perfectionnement. La région d’Hizen tient une place notoire dans l’histoire de la céramique japonaise puisqu’elle est considérée comme le berceau de la porcelaine nippone. Haut lieu de traditions, ses techniques et savoir-faire sont perpétués de génération en génération. De nos jours, elle figure toujours comme un centre dynamique de la production contemporaine.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="336" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/image-1024x336.png" alt="" class="wp-image-513" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-1024x336.png 1024w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-300x98.png 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-768x252.png 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-1200x393.png 1200w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image.png 1458w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p></p>



<p><strong>Les années 1610, en quoi se caractérisent les prémices de cette nouvelle création ?</strong></p>



<p>Il y a 400 ans, au début de l’époque Edo (1603-1868), la région d’Hizen comprenait les actuelles préfectures de Saga et de Nagasaki, regroupant 8 villes clés : Karatsu, Imari, Takeo, Ureshino, Arita, Sasebo (ou Mikawachi), Hirado et Hasami. Cette situation géographique en faisait un premier lieu de contact avec le continent.<sup data-fn="94a197ba-8512-4e23-a8d5-8a8b26e64e4c" class="fn"><a href="#94a197ba-8512-4e23-a8d5-8a8b26e64e4c" id="94a197ba-8512-4e23-a8d5-8a8b26e64e4c-link">1</a></sup></p>



<p>A ses débuts, la production céramique d’Hizen se positionne à l’embouchure de diverses influences. En effet, le marché intérieur japonais de porcelaine se composait majoritairement de productions chinoises importées des&nbsp;<a href="https://guimet-grandidier.fr/essais/atelier-du-potier_06.php">fours de Jingdezhen</a>.<sup data-fn="931286e7-bbb1-4379-a77d-dc78e61ace79" class="fn"><a href="#931286e7-bbb1-4379-a77d-dc78e61ace79" id="931286e7-bbb1-4379-a77d-dc78e61ace79-link">2</a></sup> Les premières créations nippones avaient pour but de compléter cette offre. Elles restaient donc modestes (10% de la marchandise) et se devaient de s’aligner sur le modèle chinois en termes de motifs et de techniques.<sup data-fn="63945a66-8cb8-4574-a9f6-679b6cefc2fd" class="fn"><a href="#63945a66-8cb8-4574-a9f6-679b6cefc2fd" id="63945a66-8cb8-4574-a9f6-679b6cefc2fd-link">3</a></sup> La seconde influence significative fut celle de la Corée. En effet, cette nouvelle création japonaise bénéficia du savoir-faire des potiers coréens, installés de force au Japon suite à l’invasion du pays par Hideyoshi TOYOTOMI en 1590. Ces artisans étrangers ont apporté au Japon de nombreuses techniques ou matériels nouveaux : comme le Noborigama (four grippant) qui permet un meilleur contrôle de la température. Ce four fut premièrement importé dans la région de Karatsu sur l’île de Kyūshū. Cette nouvelle innovation revivifia la céramique locale. L’arrivée de ces fours contribua significativement à l’émergence de la porcelaine nippone, au début du 17ème siècle.<sup data-fn="5acb06d4-fadb-4457-ae27-4dc61fc522b6" class="fn"><a href="#5acb06d4-fadb-4457-ae27-4dc61fc522b6" id="5acb06d4-fadb-4457-ae27-4dc61fc522b6-link">4</a></sup></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="904" height="222" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/image-1.png" alt="" class="wp-image-514" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-1.png 904w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-1-300x74.png 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-1-768x189.png 768w" sizes="auto, (max-width: 904px) 100vw, 904px" /><figcaption class="wp-element-caption">Pot en grès à décor peint en fer brun sous glaçure (Karatsu-yaki), 11,4cm-15, 2 cm. Période de Momoyama (1573–1615), Japon ; United-States, New-York, MET Museum, Dr. and Mrs. Roger G. Gerry Collection (Accession Number: 2002.447.21). Exact&nbsp;<a href="https://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/2002.447.21">URL</a>.<br></figcaption></figure>



<p></p>



<p><strong>Les années 1630-1660, quelle évolution pour la porcelaine d’Hizen au sein du marché interne nippon ?</strong></p>



<p>Les années 1630 marquent un tournant décisif dans l’essor de la première porcelaine japonaise, de par la consolidation de l’approvisionnement en Kaolin. Dès 1616, la carrière d’Izumiyama (région d’Arita) permet un approvisionnement abondant en matière première.<sup data-fn="9ddb98d9-aca3-4dbb-8d22-bad2bb77f051" class="fn"><a href="#9ddb98d9-aca3-4dbb-8d22-bad2bb77f051" id="9ddb98d9-aca3-4dbb-8d22-bad2bb77f051-link">5</a></sup> Le Kaolin n’est autre qu’un type particulier d’argile qui contient une variété douce et blanche de terre<sup data-fn="32eec4a1-82b3-402a-84fe-481ae962e169" class="fn"><a href="#32eec4a1-82b3-402a-84fe-481ae962e169" id="32eec4a1-82b3-402a-84fe-481ae962e169-link">6</a></sup> indispensable à la production de porcelaine. De plus, le meilleur contrôle du feu des fours grâce aux techniques des potiers coréens permet de répondre aux difficultés techniques qu’impose ce type de création. La porcelaine d’Hizen se distancie progressivement de ses modèles et influences continentales pour favoriser l’établissement d’un style qui lui est propre. Ces poteries sont de formes et d’utilisations diverses : assiettes pour banquets ou bols pour les repas quotidiens. Elles revêtent des motifs issus du folklore et de la culture japonaise : paysages de différentes saisons, cerisiers en fleurs, animaux symboliques etc. Ces décors sont peints en bleu de cobalt sur un fond blanc de manière fluide. Ces céramiques d’art sont de plus en plus fines et complexes, recouvertes d’une glaçure transparente, et de texture plus graineuse.<sup data-fn="ddedf1ac-24b4-4821-b48a-44e035df323b" class="fn"><a href="#ddedf1ac-24b4-4821-b48a-44e035df323b" id="ddedf1ac-24b4-4821-b48a-44e035df323b-link">7</a></sup></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="904" height="396" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/image-2.png" alt="" class="wp-image-515" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-2.png 904w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-2-300x131.png 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-2-768x336.png 768w" sizes="auto, (max-width: 904px) 100vw, 904px" /><figcaption class="wp-element-caption">Bouteille à vin avec fleurs et graminées, première moitié du XVIIe siècle, Période Edo (1615-1868), Porcelaine à décor bleu sous glaçure (Hizen ware, early Imari type), H.16.1 cm, Diam. 8.9 cm, Japon ; Etats-Unis, New York, MET Museum, The Harry G. C. Packard Collection of Asian Art, Exact&nbsp;<a href="https://www.metmuseum.org/art/collection/search/50328">URL</a></figcaption></figure>



<p>De cette époque résulte également de nombreuses innovations techniques et stylistiques. L’une d’entre elles n’est autre que la peinture sur émail sur glaçure (<em>iroe</em>).<sup data-fn="5db1b99a-1cfc-491b-9768-200ad8879f17" class="fn"><a href="#5db1b99a-1cfc-491b-9768-200ad8879f17" id="5db1b99a-1cfc-491b-9768-200ad8879f17-link">8</a></sup> Cette méthode consiste à appliquer des motifs polychromes après la cuisson, utilisant des couleurs comme le rouge, le bleu ou l’or&nbsp;; ou bien, la technique&nbsp;<a href="http://arita-episode2.jp/fr/history/history_8.html"><em>nigoshide</em></a>&nbsp;inventée par la famille&nbsp;<a href="https://kakiemon.co.jp/en/">Kakiemon</a>&nbsp;qui consiste à obtenir une finition d’un blanc crémeux sur les porcelaines. Cette technique est désormais inscrite comme bien culturel immatériel important par l’<a href="https://www.unesco.org/fr">UNESCO</a>.<sup data-fn="d1dd4114-5da2-43e8-9314-9fc48378cb7a" class="fn"><a href="#d1dd4114-5da2-43e8-9314-9fc48378cb7a" id="d1dd4114-5da2-43e8-9314-9fc48378cb7a-link">9</a></sup> Enfin, ces techniques restent non modifiées depuis l’époque d’Edo, et persistent toujours de nos jours.<br></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="876" height="326" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/image-3.png" alt="" class="wp-image-516" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-3.png 876w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-3-300x112.png 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-3-768x286.png 768w" sizes="auto, (max-width: 876px) 100vw, 876px" /><figcaption class="wp-element-caption">Plat en forme de princesse, années 1690-1700 (période Edo), Porcelaine avec émaux bleu sous glaçure et sur glaçure (Arita ware, Ko Imari type), H.4.4 cm, L.20.3 cm, L.28.6 cm, Japon ; États-Unis, New York, MET museum, Don de Mrs. V. Everit Macy, 1923. Exact&nbsp;<a href="https://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/23.225.144">URL</a>.<br></figcaption></figure>



<p>Ainsi, au fil des années, la porcelaine d’Hizen conquit progressivement le marché domestique japonais par son esthétique distincte. Les réseaux de distribution déjà existant pour la céramique de Karatsu sont mis à profit pour sa distribution à l’échelle nationale : voies terrestres depuis Kyūshū vers l’ouest du Japon et ses grandes villes (Ōsaka ou Kyōto) ; et voies maritimes longeant la mer du Japon. La porcelaine d’Hizen prend, alors, le nom de « Imari-yaki », d’après le port d’Imari où elles étaient exportées.<sup data-fn="d438704f-2048-4a12-953c-f30a299c7965" class="fn"><a href="#d438704f-2048-4a12-953c-f30a299c7965" id="d438704f-2048-4a12-953c-f30a299c7965-link">10</a></sup> Imari s’impose progressivement comme le site officiel des fours à poterie.</p>



<p></p>



<p><strong>Existe-t-il une porcelaine japonaise de luxe ? Nabeshima-yaki : Porcelaine de prestige</strong></p>



<p>À Arita, en parallèle de ses pièces du quotidien, une production plus luxueuse se constitue sous la direction du clan Nabeshima. Ce dernier administre la région d’Hizen et établit au XVIIème siècle une politique de soutien envers cet artisanat d’art : consolidation des fours dans la région et encouragement pour leur spécialisation dans la production de porcelaine. Ces céramiques de prestige étaient dédiées à la cour shogunale et ses dignitaires. Elles étaient conçues pour refléter le statut élevé de leurs destinataires.</p>



<p>Leurs motifs étaient subtils, emprunts du symbolisme de la culture nippone. Leurs couleurs sont douces et leurs surfaces uniformes. Les finitions se devaient d’être impeccables. Les techniques et motifs étaient tenus secrets et ne pouvaient être imités sur la porcelaine destinée au marché domestique. Leur production se faisait dans des fours qui leur étaient réservés, tout comme leur circuit de distribution qui n’empruntaient pas les routes commerciales habituelles. Il s’agit d’une des porcelaines japonaises les plus raffinées et élégantes.<sup data-fn="ea95e464-d07d-4d58-817e-6b646700c9d7" class="fn"><a href="#ea95e464-d07d-4d58-817e-6b646700c9d7" id="ea95e464-d07d-4d58-817e-6b646700c9d7-link">11</a></sup></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="890" height="334" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/image-4.png" alt="" class="wp-image-517" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-4.png 890w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-4-300x113.png 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-4-768x288.png 768w" sizes="auto, (max-width: 890px) 100vw, 890px" /><figcaption class="wp-element-caption">(Gauche) Grand plat à motif de pêche en bleu de cobalt sous glaçure, années 1700-1730, four officiel de Nabeshima, Japon, Kyūshū Ceramic Museum, Hizen Hakuu Collection. Exact&nbsp;<a href="https://saga-museum.jp/ceramic_en/exhibition/collection/hakuu/002991.html">URL</a>. Carte du village d’Okawachiyama, berceau de Nabeshima-yaki.<br><br><br>(Droite) Plat avec hortensias, 1690-1730 (période Edo 1615-1868), Porcelaine à glaçure céladon et décor bleu sous glaçure (Hizen ware, type Nabeshima), H.5.7 cm – Diam. 20.3 cm, Japon, États-Unis, New York, MET Museum, The Harry G. C. Packard Collection of Asian Art. Exact&nbsp;<a href="https://www.metmuseum.org/art/collection/search/52279">URL</a>.<br></figcaption></figure>



<p></p>



<p><strong>Les années 1640-1660 : vers les marchés internationaux. Comment l’artisanat japonais trouve-t-il sa place au sein du commerce international ?</strong></p>



<p>Au cours des années 1640-1650, des évènements géopolitiques propulsent la porcelaine Imari-yaki sur la scène du commerce international. En effet, le basculement de dynastie des Ming en faveur de la dynastie Qing (1644) en Chine, provoque une instabilité politique interne et chamboule leur dynamique commerciale.<sup data-fn="7590a38e-a4bc-4b2a-a6bc-6ee1fe4f87f0" class="fn"><a href="#7590a38e-a4bc-4b2a-a6bc-6ee1fe4f87f0" id="7590a38e-a4bc-4b2a-a6bc-6ee1fe4f87f0-link">12</a></sup> L’exportation de leur porcelaine diminue drastiquement permettant à la production japonaise de s’épanouir rapidement. La porcelaine Imari-yaki s’impose sur le marché national remplaçant la concurrence chinoise, et prend progressivement une place significative sur le marché international. Effectivement, son exportation s’appuie sur la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, permettant leur diffusion en Asie du Sud-Est et en Europe (du XVIIème au XVIIIème siècle). Le rôle des Hollandais est emblématique puisqu’ils importaient parmi les premières formes d’art japonaises en Europe.</p>



<p>Ce qu’il y a de fabuleux dans l’histoire de cette porcelaine, est bien l’adaptabilité de leur esthétique pour le commerce. En effet, ces exportations ont foncièrement influencé leur production, afin de répondre aux goûts variés des marchés étrangers.<sup data-fn="f6cbdfeb-c78a-4150-887c-2f3fa6423aa8" class="fn"><a href="#f6cbdfeb-c78a-4150-887c-2f3fa6423aa8" id="f6cbdfeb-c78a-4150-887c-2f3fa6423aa8-link">13</a></sup> Les artisans d’Hizen créaient des formes et motifs spécifiques selon leurs acheteurs. Les Néerlandais allaient jusqu’à même fabriquer des modèles en bois ou en terre cuite de dessins européens et les envoyaient au Japon pour qu’ils soient copiés. Il fut ainsi créé des ensembles de tasses et de soucoupes aux motifs japonais, spécialement pour la consommation de thé et de café — pratiques populaires en Europe à l’époque.<sup data-fn="3fe54552-b966-49f0-a380-a4d718057732" class="fn"><a href="#3fe54552-b966-49f0-a380-a4d718057732" id="3fe54552-b966-49f0-a380-a4d718057732-link">14</a></sup></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="826" height="308" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/image-5.png" alt="" class="wp-image-518" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-5.png 826w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-5-300x112.png 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-5-768x286.png 768w" sizes="auto, (max-width: 826px) 100vw, 826px" /><figcaption class="wp-element-caption">Motif attribué à Cornelis Pronk (hollandais, Amsterdam 1691-1759 Amsterdam), 1734-1737 (période Edo), Porcelaine peinte en bleu de cobalt sous émail et émaux colorés sur glaçure transparente (Hizen ware ; type Imari), Diam. 26,7 cm, Japon ; États-Unis, New York, MET museum, Dr. and Mrs. Roger G. Gerry Collection.&nbsp;Exact&nbsp;<a href="https://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/2002.447.123">URL.</a></figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="700" height="462" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/03/image-6.png" alt="" class="wp-image-519" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-6.png 700w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/03/image-6-300x198.png 300w" sizes="auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px" /><figcaption class="wp-element-caption">Cafetière, 1650-1675 (période Edo), Porcelaine blanche (Arita ware), décorée de bleu sous glaçure et montée sur argent, H.31.8 cm, Japon ; États-Unis, New York, MET museum. Exact&nbsp;<a href="https://www.metmuseum.org/art/collection/search/62526">URL</a><br></figcaption></figure>



<p></p>



<p><strong>Quelle perpétuité ? La fin du XVIIème siècle : Concurrence, évolutions et diversification des centres de production</strong></p>



<p>À partir de la fin du XVIIème siècle, la porcelaine Imari-yaki fait face à une concurrence croissante : les porcelaines chinoises ont regagné en popularité après la stabilisation de la dynastie Qing, et des centres de production européens ont émergé en tant que concurrents sérieux sur le marché international.</p>



<p>Pour s’adapter, les artisans d’Hizen ont recentré leur production sur le marché intérieur japonais. Pour rester compétitifs et attractifs, l’esthétique de leur porcelaine représente exclusivement des motifs japonais afin de plaire aux locaux. Enfin, la rationalisation de leurs coûts conduit à l’invention de plusieurs innovations techniques — comme le&nbsp;<a href="https://www.viewingjapaneseprints.net/texts/topics_faq/stencil.html">Kappazuri</a>&nbsp;(impression au pochoir) et le&nbsp;<a href="https://www.aichi-kyosai.or.jp/service/culture/internet/art/antique/antique_3/post_636.html">Konnyaku-inban</a>&nbsp;(procédé d’impression sur céramique à base de Konjac). Cela permet ainsi de prospecter une plus large clientèle. Ces avancées ont permis de démocratiser l’usage de la porcelaine, autrefois réservée à une élite.<sup data-fn="2f862736-6b65-4dc4-ab32-3f106c1b7367" class="fn"><a href="#2f862736-6b65-4dc4-ab32-3f106c1b7367" id="2f862736-6b65-4dc4-ab32-3f106c1b7367-link">15</a></sup></p>



<p>Enfin, les motifs de la porcelaine Imari-yaki inspire et ses savoir-faire s’exportent. Cette dernière garde une notoriété nationale, grâce à sa qualité et à son esthétique raffinée. Aux XVIIIème et XIXème siècles, d’autres régions du Japon, comme Seto et Mino, s’initient à la production de porcelaine. Ces nouveaux centres offraient des produits moins coûteux et adaptés aux marchés locaux, intensifiant ainsi la concurrence. Toutefois, ces styles régionaux — comme le Matsuya-yaki (Kumamoto) ou le Shōdai-yaki (Kumamoto) — ne surpasseront jamais totalement la prééminence d’Hizen.<sup data-fn="5dad9dd2-391d-430b-b340-6ac0ea84fa89" class="fn"><a href="#5dad9dd2-391d-430b-b340-6ac0ea84fa89" id="5dad9dd2-391d-430b-b340-6ac0ea84fa89-link">16</a></sup></p>



<p></p>



<p><strong>Conclusion</strong></p>



<p>Ainsi, la porcelaine d’Hizen résulte du parachèvement des savoir-faire importés du continent, jusqu’au façonnement d’une tradition remplie de l’essence de la culture japonaise. Les artisans nippons ont su développer une identité esthétique unique. La dynamique d’exportation fut adaptée aux évolutions des marchés domestique et international. L’ingéniosité et l’intelligence commerciale des Japonais ont conduit à une diversification des créations : d’une porcelaine d’excellence à destination du shogun, à une porcelaine du quotidien, pour ensuite atteindre une adaptation de l’art aux goûts de la clientèle étrangère. Ces diverses dynamiques en font un sujet d’étude fascinant.</p>



<p>De nos jours, les villes de production de l’ancienne région d’Hizen ont gardé tous leurs charmes : cheminées, murs faits de fragments de poteries (<em>tombai</em>) et d’anciens fours. Elles restent un haut lieu de production de céramique et de porcelaine japonaise.<sup data-fn="3d7c3318-d7df-4911-a523-b7396d2013c1" class="fn"><a href="#3d7c3318-d7df-4911-a523-b7396d2013c1" id="3d7c3318-d7df-4911-a523-b7396d2013c1-link">17</a></sup></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="94a197ba-8512-4e23-a8d5-8a8b26e64e4c"><em>Japan Heritage: Hizen Pottery Region, « Model itinerary », Site officiel du Japan Heritage : Hizen Pottery Region, </em>exact URL consulté en mi-novembre 2024.<br><br> <a href="#94a197ba-8512-4e23-a8d5-8a8b26e64e4c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="931286e7-bbb1-4379-a77d-dc78e61ace79">佐賀県立九州陶磁文化館主催、編集<em> | Saga kenritsu kyūshū tōji bunkakan shusai, henshū, « </em><a href="https://saga-museum.jp/ceramic_en/exhibition/limited/2020/09/003439.html"><em>The Shibasawa collection : 40th anniversary/special commemorative exhibition</em></a><em> » : </em>catalogue d’exposition, 16 novembre 2020 – 13 décembre 2020, <a href="https://saga-museum.jp/ceramic/">Musée de la Céramique de Kyūshū</a>, Japon, 2020, p.105.<br><em>Saga kenritsu kyūshū tōji bunkakan shusai, henshū, Ibid., p.105-106.</em><br>Toutefois, ces céramiques chinoises importées font déjà l’objet d’une adaptation esthétique. En effet, l’aspect de ces marchandises sont choisis selon les goûts de la clientèle japonaise de l’époque afin de répondre aux exigences de la cérémonie du thé. De cela en résulte une apparence plus rustique et simple. WILLMANN Anna, « Edo-Period Japanese Porcelain », Heilbrunn Timeline of Art History, avril 2011, New York, The Metropolitan Museum of Art, 2000–,Exact <a href="http://www.metmuseum.org/toah/hd/jpor/hd_jpor.htm">URL</a><br> <a href="#931286e7-bbb1-4379-a77d-dc78e61ace79-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="63945a66-8cb8-4574-a9f6-679b6cefc2fd"><em>WILLMANN Anna, « Edo-Period Japanese Porcelain », Heilbrunn Timeline of Art History, Ibid.</em><br> <a href="#63945a66-8cb8-4574-a9f6-679b6cefc2fd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="5acb06d4-fadb-4457-ae27-4dc61fc522b6">British Museum, « Kakiemon : a history of making Japanese porcelaine », vidéo publiée sur Youtube le 24 juin 2016, exact <a href="https://youtu.be/dZWXou8HTBw?si=oe9TSTG1I6uyAgjF">URL</a> consulté le 2 décembre 2024.<br> <a href="#5acb06d4-fadb-4457-ae27-4dc61fc522b6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="9ddb98d9-aca3-4dbb-8d22-bad2bb77f051">WILLMANN Anna, « Edo-Period Japanese Porcelain », <em>Heilbrunn Timeline of Art History, op. cit.</em><br> <a href="#9ddb98d9-aca3-4dbb-8d22-bad2bb77f051-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="32eec4a1-82b3-402a-84fe-481ae962e169">Saga kenritsu kyūshū tōji bunkakan shusai, henshū], <em>op.cit.,</em> p.106-107.<br> <a href="#32eec4a1-82b3-402a-84fe-481ae962e169-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="ddedf1ac-24b4-4821-b48a-44e035df323b">Saga kenritsu kyūshū tōji bunkakan shusai, henshū, Ibid., p.106-107.<br>  <a href="#ddedf1ac-24b4-4821-b48a-44e035df323b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="5db1b99a-1cfc-491b-9768-200ad8879f17">British Museum, « Kakiemon : a history of making Japanese porcelaine », op.cit.<br> <a href="#5db1b99a-1cfc-491b-9768-200ad8879f17-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="d1dd4114-5da2-43e8-9314-9fc48378cb7a">Japan heritage official site, « The cradle of Japanese porcelaine », exact <a href="https://www.japan.travel/japan-heritage/popular/e561822d-ce94-4557-9f1a-7d6b09ee543b">URL</a>, consulté novembre 2024.<br> <a href="#d1dd4114-5da2-43e8-9314-9fc48378cb7a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="d438704f-2048-4a12-953c-f30a299c7965">Saga kenritsu kyūshū tōji bunkakan shusai, henshū], <em>op.cit.,</em> p.62, 105-106. ; WILLMANN Anna, « Edo-Period Japanese Porcelain », <em>op.cit., </em>; [Kyushu ceramic museum], « Hakuu collection », site officiel du Musée de céramique de Kyūshū, section « Exhibition > Collections », exact <a href="https://saga-museum.jp/ceramic_en/exhibition/collection/hakuu/">URL</a>, consulté en novembre 2024.<br> <a href="#d438704f-2048-4a12-953c-f30a299c7965-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="ea95e464-d07d-4d58-817e-6b646700c9d7">Saga kenritsu kyūshū tōji bunkakan shusai, henshū, <em>op. cit.</em>, p.105. <a href="#ea95e464-d07d-4d58-817e-6b646700c9d7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="7590a38e-a4bc-4b2a-a6bc-6ee1fe4f87f0">MET Museum, Cartel de l’œuvre Bouteille à vin avec fleurs et graminées, première moitié du 17ème siècle, Période Edo (1615-1868), Porcelaine à décor bleu sous glaçure (Hizen ware, early Imari type), H.16.1 cm, Diam. 8.9 cm, Japon ; Etats-Unis, New York, MET Museum, The Harry G. C. Packard Collection of Asian Art. ; Exact <a href="https://www.metmuseum.org/art/collection/search/50328">URL</a>.<br> <a href="#7590a38e-a4bc-4b2a-a6bc-6ee1fe4f87f0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="f6cbdfeb-c78a-4150-887c-2f3fa6423aa8">WILLMANN Anna, « Edo-Period Japanese Porcelain », op.cit. <a href="#f6cbdfeb-c78a-4150-887c-2f3fa6423aa8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="3fe54552-b966-49f0-a380-a4d718057732">Saga kenritsu kyūshū tōji bunkakan shusai, henshū, <em>op. cit.</em>, p.108-109.<br> <a href="#3fe54552-b966-49f0-a380-a4d718057732-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="2f862736-6b65-4dc4-ab32-3f106c1b7367">Saga kenritsu kyūshū tōji bunkakan shusai, henshū, <em>Ibid</em>, p.109-110.<br> <a href="#2f862736-6b65-4dc4-ab32-3f106c1b7367-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li><li id="5dad9dd2-391d-430b-b340-6ac0ea84fa89">Japan heritage official site, « The cradle of Japanese porcelain », <em>op. cit</em>.<br> <a href="#5dad9dd2-391d-430b-b340-6ac0ea84fa89-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16">↩︎</a></li><li id="3d7c3318-d7df-4911-a523-b7396d2013c1"> Japan heritage official site, « The cradle of Japanese porcelain », <em>op. cit</em>. <a href="#3d7c3318-d7df-4911-a523-b7396d2013c1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>Les instruments de la Cérémonie du thé au Japon : enjeux techniques, esthétiques et patrimoniaux de leur préservation et conservation depuis le XVIe siècle. </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Noëllie DUPUY]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jan 2025 20:00:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archéologie]]></category>
		<category><![CDATA[Arts cérémoniels]]></category>
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		<category><![CDATA[Histoire de l'art]]></category>
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					<description><![CDATA[Lors de nos premières recherches de master, sur les instruments de la Cérémonie du thé au Japon, le sujet de la conservation dans le temps de ces derniers nous a particulièrement marqué, car assimilable en certains points à la conservation des collections muséales de nos jours. Il apparaissait dans nos lectures qu’avant la préservation des [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="904" height="1024" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2024/12/Tea-Master-Totoya-Hokkei-904x1024.jpg" alt="" class="wp-image-350" style="width:562px;height:auto" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/Tea-Master-Totoya-Hokkei-904x1024.jpg 904w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/Tea-Master-Totoya-Hokkei-265x300.jpg 265w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/Tea-Master-Totoya-Hokkei-768x870.jpg 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/Tea-Master-Totoya-Hokkei.jpg 1000w" sizes="auto, (max-width: 904px) 100vw, 904px" /><figcaption class="wp-element-caption"><br>Totoya HOKKEI,&nbsp;<em>Un maitre du thé (Chajin)</em>,&nbsp;<br>Estampe surimono issue de la série «&nbsp;Dix types de personnes&nbsp;», Japon, <br>1820 (Époque Edo : 1603–1868), 21,1 x 18,4 cm, Museum of Fine Arts, Boston.</figcaption></figure></div>


<p>Lors de nos premières recherches de master, sur les instruments de la Cérémonie du thé au Japon, le sujet de la conservation dans le temps de ces derniers nous a particulièrement marqué, car assimilable en certains points à la conservation des collections muséales de nos jours. <br>Il apparaissait dans nos lectures qu’avant la préservation des instruments de thé dans des collections de musées, les maîtres de thé, précédents propriétaires de ces objets, œuvraient déjà à leur conservation et transmission dans le temps.&nbsp;</p>



<p>Ainsi est né notre sujet de master 2 sur les enjeux techniques, esthétiques et patrimoniaux de la préservation et conservation des instruments de thé. <br>Nos recherches visent ainsi à analyser tout ce qui est, depuis le XVI<sup>e</sup> siècle, matériellement mis en place et utilisé pour prendre soin, protéger, conserver, contenir et entretenir ces nombreux ustensiles.</p>



<p>Notre objet d&#8217;étude se trouve ainsi à la jonction de notre sujet de recherche sur&nbsp;les instruments de la Cérémonie du thé et de nos expériences professionnelles en régie de œuvres. Au Musée d’Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye et au Musée National de Céramique de Sèvres, j’ai en effet eu le privilège d’être sensibilisée à ces questions de conservation préventive des collections.</p>


<div class="wp-block-image is-style-rounded">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="441" height="588" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2024/12/image-edited.png" alt="" class="wp-image-356" style="width:459px;height:auto" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/image-edited.png 441w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/image-edited-225x300.png 225w" sizes="auto, (max-width: 441px) 100vw, 441px" /><figcaption class="wp-element-caption">Pot à thé (Cha-ire) dans sa housse Shifuku en soie (Shifuku) &amp; sa boite de protection en bois&nbsp;(tomobako), Japon, XVIIe siècle, <br>Musée National de Céramique de Sèvres<br>inv. MNC 11382<br><strong>© Photographie personnelle</strong>, réserves du muséé</figcaption></figure></div>


<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p>Pour plus de précision concernant la terminologie utilisée dans nos écrits, rappelons que la cérémonie, en tant qu’art traditionnel, est nommée <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color"><em>Chanoyu</em> 茶の湯</mark> («&nbsp;l’eau chaude pour le thé&nbsp;») et, en tant que pratique plus religieuse <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color"><em>Chadō</em> 茶道</mark> («&nbsp;la voie du thé&nbsp;»). Cette dernière appellation désigne la&nbsp;pratique spirituelle de l’art, perçue par certains maîtres d’obédience zen comme étant l’une des voies d’accès au <em>Salut</em><sup data-fn="97765b1b-a7a3-418a-9b9c-308690339a21" class="fn"><a href="#97765b1b-a7a3-418a-9b9c-308690339a21" id="97765b1b-a7a3-418a-9b9c-308690339a21-link">1</a></sup>.<strong>&nbsp;</strong>Dès lors, le soin accordé aux <em><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">chadōgu</mark> </em>(&#8220;objets de thé&#8221;) s’apparente à l’entretien d’objets rituels, voire liturgiques, pour les adeptes de cette voie du thé. Ce phénomène est à l’origine de la diversité, du raffinement et de la richesse des moyens techniques mis en œuvre à cet effet.&nbsp;</p>



<p>Au Japon, l’emballage des œuvres est une pratique traditionnelle destinée initialement aux <em>kakemono, </em>ces précieux rouleaux peints ou calligraphiés qui, lorsqu&#8217;ils n’étaient pas exposés, étaient minutieusement conservés dans des étuis en bois. C’est progressivement que ces précautions se sont appliquées aux autres objets de valeur, tels que des céramiques, laques, écritoires ou encore <em>tsuba</em> de sabre, porteurs de souvenirs ou appartenant à d’éminentes et respectées personnalités japonaises.</p>



<p>A partir du XVI<sup>e </sup>siècle, avec le développement de l’art de la Cérémonie du thé, ces mesures de protection et de conservation sont appliquées à ces très nombreux instruments appelés en japonais les <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color"><em>chadōgu </em>茶道具</mark> (&#8220;les objets de thé&#8221;).<sup data-fn="8b7776dc-cedd-43dc-ad3e-85da3327231d" class="fn"><a href="#8b7776dc-cedd-43dc-ad3e-85da3327231d" id="8b7776dc-cedd-43dc-ad3e-85da3327231d-link">2</a></sup></p>



<p>D&#8217;un point de vue plus sociologique, précisons, que la Cérémonie du thé fut un temps une pratique exclusivement réservée aux hommes lettrés et cultivés, tels que des moines zen, des guerriers ou encore des collectionneurs et marchands érudits. Ce n’est qu’à partir de la fin du XVIIe siècle que la pratique et la maîtrise de l’art du thé se féminise et devient gage de bonne éducation pour les jeunes femmes japonaises. <br>De nombreuses estampes produites à partir de l’époque Edo témoignent de cette diffusion de l’art du thé dans la société japonaise et notamment au sein de la sphère féminine ; comme cette estampe ci-dessous représentant une courtisane prenant soin de ses ustensiles de thé. <em>Dans un prochain article nous étudierons plus en détail certaines de ces estampes ayant pour thème la cérémonie du thé, notamment celles représentant des belles femmes en action : les estampes <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">Bijin-ga 美人画</mark></em></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="462" height="573" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2024/12/Femme-cuillere-the-1.png" alt="" class="wp-image-354" style="width:562px;height:auto" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/Femme-cuillere-the-1.png 462w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/Femme-cuillere-the-1-242x300.png 242w" sizes="auto, (max-width: 462px) 100vw, 462px" /><figcaption class="wp-element-caption">Toyohara Kunichika, <em>Une courtisane effectuant une cérémonie du thé</em>, <br>Japon, 1866 (Époque Edo : 1603–1868), <a href="https://www.nms.ac.uk/search-our-collections/collection-search-results?entry=647711">National Museums Scotland</a></figcaption></figure></div>


<p>De la sorte, ces femmes et hommes de thé ont toujours porté une grande attention à leurs ustensiles de thé. Tout cela a laissé des traces matérielles dans l’univers technique de <em>chanoyu</em>. C’est ce que ces recherches visent à étudier, et mes futures articles publiés ici même, à vous présenter.</p>



<p></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong><em>Une approche du sujet par le prisme de l’Archéologie du récent :&nbsp;</em></strong></h5>



<p>En 2024, la voie du thé est encore suivie par de nombreux adeptes au Japon et partout dans le monde. Des cérémonies de thé sont organisées tous les jours par des maîtres de thé, membres des grandes Écoles de thé en activité depuis le XVIe siècle.&nbsp;Dès lors, vouloir appréhender l’étude des instruments de <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">c<em>hanoyu</em></mark> par le prisme de l’archéologie implique de suivre <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">la démarche d’une archéologie sans fouilles</mark>, sur les périodes moderne et contemporaine. D’un point de vue méthodologique, nos sources pour mener cette étude sont de trois natures, telles que proposées par l’approche <em><a href="https://www.tetralogiques.fr/spip.php?article84" data-type="link" data-id="https://www.tetralogiques.fr/spip.php?article84">médiationniste</a></em> de l’archéologie que nous adoptons, ci-dessous résumée par Pierre-Yves BALUT :&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><em>«&nbsp;Ou l&#8217;on manipule par soi-même : c&#8217;est l&#8217;auturgie de toutes les expérimentations […], Ou l&#8217;on voit par soi-même, ce qu&#8217;est étymologiquement l&#8217;autopsie, celle du collectionneur ou du fouilleur. Ou l&#8217;on exploite les témoignages sur l&#8217;ouvrage, c&#8217;est le testimonial.</em>&nbsp;»&nbsp;<sup data-fn="8dd4e53e-948e-4665-b194-50f1adfd67cc" class="fn"><a href="#8dd4e53e-948e-4665-b194-50f1adfd67cc" id="8dd4e53e-948e-4665-b194-50f1adfd67cc-link">3</a></sup></p>
</blockquote>



<p>Par la contemporanéité de la Cérémonie et la grande littérature scientifique à son sujet, <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">l’absence de «&nbsp;fouilles&nbsp;» ne constitue en rien un obstacle à notre étude</mark> <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">par le prisme de l&#8217;archéologie</mark>. Pour les chercheurs <em>médiationnistes</em> (BRUNEAU, BALUT, BELLAN), la valeur archéologique d’un sujet ne doit pas être conditionnée par sa seule condition d’enfouissement, ce n’est qu’une modalité de conservation possible d&#8217;un objet au même titre qu’une conservation sur l’étagère d’un particulier ou dans les rayonnages d’une réserve de musée ! Lors de ses cours d&#8217;Archéologie du récent à la Sorbonne Gilles BELLAN nous présenta le concept «&nbsp;<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">d&#8217;archéologicité</mark>&nbsp;» et nous expliqua en quoi vouloir se limiter aux seuls objets excavés était profondément réducteur. A l’aide de cette approche méthodologique, l’archéologie se définit par la spécificité de son objet d’étude : l’ars<sup data-fn="5ae1626b-21a7-4724-85bc-360e4f8c0c47" class="fn"><a href="#5ae1626b-21a7-4724-85bc-360e4f8c0c47" id="5ae1626b-21a7-4724-85bc-360e4f8c0c47-link">4</a></sup>, c&#8217;est à dire l’équipement dont se dote une société donnée pour répondre à un besoin, une tradition ou une croyance. Face à la multiplicité des sources, l’étude des périodes récentes ne justifie pas le recours systématique à la fouille &#8211; mais reste bien sûr un champ d’étude privilégié par les archéologues.</p>



<p>En outre, pour notre sujet sur les objets de thé japonais, pas d&#8217;étude stratigraphiques ou de relevés archéologiques mais, loin de nous limiter aux seuls ouvrages universitaires, nous avons aussi fondé nos recherches sur des sources testimoniales, tels que les guides produits par des maîtres de thé à destination&nbsp;de ceux souhaitant se former à l’art du thé. <br>Pour notre sujet d’étude&nbsp;sur les enjeux techniques, esthétiques et patrimoniaux de la préservation et conservation des instruments, ces ouvrages permettent de rentrer dans l’intimité de cet art et d’en découvrir les coulisses plus «&nbsp;utilitaires&nbsp;», sujet maintes fois écarté dans les ouvrages généraux sur «&nbsp;l’Art&nbsp;» du thé au Japon.</p>



<p>De plus, un certain nombre d’éléments de notre étude se fondent sur ce que nous avons pu voir de nos propres yeux et expérimenter nous-mêmes, comme l’explique Philippe BRUNEAU, toujours d’après l’approche <em><a href="https://www.tetralogiques.fr/spip.php?article84" data-type="link" data-id="https://www.tetralogiques.fr/spip.php?article84">médiationniste</a> :</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><em>«&nbsp;L&#8217;archéologie se définit par un objet propre qui est l&#8217;art, qu&#8217;importent les moyens de l&#8217;appréhender, de connaître son existence, sa manœuvre et son emploi ; dans une telle conception de la discipline la nature des sources n&#8217;est pas discriminante&nbsp;»</em><sup data-fn="d8c63544-70d0-4562-8671-0b1f8d7c93ab" class="fn"><a href="#d8c63544-70d0-4562-8671-0b1f8d7c93ab" id="d8c63544-70d0-4562-8671-0b1f8d7c93ab-link">5</a></sup></p>
</blockquote>



<p>Dans le cadre de ces recherches, nous avons également complété mes données en bibliothèques par de méticuleuses recherches Internet : sur les sites officiels des écoles de thé (Urasenke, Omotesenke), des boutiques en ligne d’antiquaires et vendeurs d’instruments de thé modernes ou encore des bases de données des collections numérisées d’art japonais de nombreux musées dans le monde.&nbsp;</p>



<p>En outre, nous avons eu l’opportunité de vivre plusieurs expériences <em>auturgique</em>s ; en manipulant des céramiques de thé conservés dans les réserves du Musée Cernuschi à Paris et du Musée National de Céramique de Sèvres (photo ci-dessous), mais aussi lors de notre participation à une véritable <a href="https://www.guimet.fr/fr/activites-visites/ceremonie-du-ecole-urasenke" data-type="link" data-id="https://www.guimet.fr/fr/activites-visites/ceremonie-du-ecole-urasenke">cérémonie du thé dans le pavillon de thé du musée Guimet (Jardin de l’Hôtel d&#8217;Heidelbach)</a>.</p>


<div class="wp-block-image is-style-rounded">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="425" height="305" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2024/12/image-3.png" alt="" class="wp-image-367" style="width:512px;height:auto" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/image-3.png 425w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/image-3-300x215.png 300w" sizes="auto, (max-width: 425px) 100vw, 425px" /><figcaption class="wp-element-caption"><br><strong>Bol à thé <em>raku</em> réparé au <em>kintsugi</em> (laque dorée)</strong><br>Japon (Kyoto), XVIII<sup>eme</sup> siècle (Époque Edo 1603–1868), <br>Grès&nbsp;et laque urushi dorée<br>inv. MNC 12418, Musée national de céramique (Sèvres)<br><strong>©Photographie personnelle, objet sorti de la vitrine pour notre étude.</strong></figcaption></figure></div>


<p></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>L’état de l’art :</strong></h5>



<p>Il est indéniable que les procédés techniques mis en œuvre pour entretenir et protéger les collections d’instruments de thé ne sont que rarement et sporadiquement évoqués dans les ouvrages sur <em><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">chanoyu</mark></em>. Nous avons pu établir ce constat au cours de nos recherches pour notre premier mémoire&nbsp;sur les instruments de thé. <br>En effet, il apparaît que ces questions sont abordées presque exclusivement dans les guides à destination des cercles d’initiés pratiquant l’art de la cérémonie, qui plus est, quasi-exclusivement en japonais <sup data-fn="59d82b73-d828-48cc-8a5b-4475fb8d73e2" class="fn"><a href="#59d82b73-d828-48cc-8a5b-4475fb8d73e2" id="59d82b73-d828-48cc-8a5b-4475fb8d73e2-link">6</a></sup>. Les études universitaires se limitent souvent à l’évocation des gestes et purifications dits «&nbsp;rituels&nbsp;» mais pas à ceux ayant<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color"> une portée hygiénique ou utilitaire</mark>. Ce biais a notamment eu des conséquences quant aux choix de conservation, de présentation et d’exposition en musée des objets de la Cérémonie du thé de nos jours. <br>Nous observons donc une générale mise en exergue générale de <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">l<strong>’Art</strong></mark> de la Cérémonie mais pas des coulisses et des étapes considérées plus utilitaires.&nbsp;Ces ouvrages proposent une étude de <em>chanoyu</em> par le prisme de l’histoire, de la sociologie, de la symbolique religieuse, de l’art ou encore de la philosophie.&nbsp;Cependant, à propos de l’<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">entretien et de la gestion des instruments</mark> de la Cérémonie du thé, la documentation universitaire à notre disposition est assez mince. A notre connaissance, il n’existe pas à ce jour une étude complète à propos de ce sujet en anglais ou français.</p>



<p>En français, citons le bref -mais riche- chapitre de Béatrice QUETTE et Ségolène BONNET «&nbsp;Les objets japonais et leurs emballages&nbsp;» dans le catalogue d’exposition <em>Japon-japonisme </em>(MAD, 2018)<sup data-fn="82631c11-0d95-436c-beb0-b3f1f31f3d54" class="fn"><a href="#82631c11-0d95-436c-beb0-b3f1f31f3d54" id="82631c11-0d95-436c-beb0-b3f1f31f3d54-link">7</a></sup>&nbsp; ainsi que le chapitre de Sylvie GUICHARD-ANGUIS «&nbsp;Les objets du thé&nbsp;» dans l’ouvrage <em>Les arts de la cérémonie du thé (1996)</em><sup data-fn="24efbd91-9a6b-4586-9596-550117113795" class="fn"><a href="#24efbd91-9a6b-4586-9596-550117113795" id="24efbd91-9a6b-4586-9596-550117113795-link">8</a></sup><em> .&nbsp;</em><br>Les ouvrages en anglais, ou traduit en anglais, sont plus nombreux et proposent un contenu plus détaillé et approfondi sur ces aspects que les ouvrages en français. Citons, parmi tant d’autres, l’ouvrage <em>Chanoyu : the Urasenke tradition of Tea de </em>SEN Soshitsu XV (1988)<sup data-fn="1d0bbab7-7990-4d7c-9bc4-cf1e17acdfe2" class="fn"><a href="#1d0bbab7-7990-4d7c-9bc4-cf1e17acdfe2" id="1d0bbab7-7990-4d7c-9bc4-cf1e17acdfe2-link">9</a></sup> , le très complet <em>The Tea Ceremony </em>de SEN’O Tanaka et SENDŌ Tanaka (1973)<sup data-fn="0601a14f-10c1-412e-8dfb-b4f7cf3382ed" class="fn"><a href="#0601a14f-10c1-412e-8dfb-b4f7cf3382ed" id="0601a14f-10c1-412e-8dfb-b4f7cf3382ed-link">10</a></sup> ou encore<em> Tea ceremony utensils </em>de FUJIOKA Ryōichi (1973)<sup data-fn="e400f300-1151-4464-a242-7198bb918760" class="fn"><a href="#e400f300-1151-4464-a242-7198bb918760" id="e400f300-1151-4464-a242-7198bb918760-link">11</a></sup></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="453" height="346" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2024/12/image-1.png" alt="" class="wp-image-362" style="width:545px;height:auto" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/image-1.png 453w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/image-1-300x229.png 300w" sizes="auto, (max-width: 453px) 100vw, 453px" /><figcaption class="wp-element-caption"><br>Page issue du guide de SOSHITSU Sen, <em>Chanoyu: the Urasenke tradition of tea, </em>ed. Weatherhill / Tankosha, New-York, 1988, p.139 (fig.135)</figcaption></figure></div>


<p>En plus de ces ouvrages nous disposons de plusieurs guides et glossaires japonais traduits en anglais, comme le récent glossaire <em>A Chanoyu Vocabulary </em>de SEN Genshitsu (2007)<sup data-fn="80b54157-ac55-4440-ae7a-c74a76047068" class="fn"><a href="#80b54157-ac55-4440-ae7a-c74a76047068" id="80b54157-ac55-4440-ae7a-c74a76047068-link">12</a></sup>, une référence incontournable, véritable bible encyclopédique pour maîtriser le riche vocabulaire relatif à l’entretien des objets de thé et leurs accessoires. <br>Enfin, nous avons pu consulter plusieurs guides et ouvrages en japonais ; et ce grâce aux nombreuses ressources numérisées consultable en ligne<sup data-fn="8f2ffd76-177d-487a-b442-408d532015c3" class="fn"><a href="#8f2ffd76-177d-487a-b442-408d532015c3" id="8f2ffd76-177d-487a-b442-408d532015c3-link">13</a></sup> et -dans une moindre mesure- sur place, notamment au sein de la riche bibliothèque de la Maison de la culture du Japon à Paris<sup data-fn="272450ae-0ef1-4f57-a878-72014d3a71f7" class="fn"><a href="#272450ae-0ef1-4f57-a878-72014d3a71f7" id="272450ae-0ef1-4f57-a878-72014d3a71f7-link">14</a></sup> . Citons le manuel <em>Ura Senke no Chanoyu de </em>SUZUKI Sōho (1971)<sup data-fn="a817a949-2fcf-406a-8106-3a242495ef5f" class="fn"><a href="#a817a949-2fcf-406a-8106-3a242495ef5f" id="a817a949-2fcf-406a-8106-3a242495ef5f-link">15</a></sup> , <em>Hanamusubi</em>, (花結び) un guide sur les nœuds de thé de YURIKO Nagai,(1997)<sup data-fn="fc9603a2-710d-4030-a6a3-3dee02895b75" class="fn"><a href="#fc9603a2-710d-4030-a6a3-3dee02895b75" id="fc9603a2-710d-4030-a6a3-3dee02895b75-link">16</a></sup> ou encore des catalogues d’exposition dotés de précieuses photographies comme <em>Enshu no chakai</em> (遠州の茶会<em>), </em>de l’institut des Beaux -Arts de Nezu.<sup data-fn="4688a05c-2cad-4299-8b22-c06ddd2dbb42" class="fn"><a href="#4688a05c-2cad-4299-8b22-c06ddd2dbb42" id="4688a05c-2cad-4299-8b22-c06ddd2dbb42-link">17</a></sup></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="454" height="240" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2024/12/image-2.png" alt="" class="wp-image-364" style="width:534px;height:auto" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/image-2.png 454w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2024/12/image-2-300x159.png 300w" sizes="auto, (max-width: 454px) 100vw, 454px" /><figcaption class="wp-element-caption"><br><em>Cette page issue d’un guide présente à l&#8217;aide de schémas la méthode pour fermer convenablement le cordon du shifuku (sac de protection) d&#8217;un pot à thé (cha-ire) <br>© SOHO S., Urasenke no chanoyu,</em> 1971, p.329</figcaption></figure></div>


<p>Nous disposons enfin de pléthore de source iconographiques / imagières telles que des schémas dans ces guides (comme ci-dessus), les albums illustrés et les célèbres <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">estampes ukiyo-e</mark> de l&#8217;époque Edo (1603–1868) . <br>Cependant, ne sous-estimons pas l&#8217;importance des photographies et vidéos pédagogiques : comme explicité, notre sujet s’inscrit dans les bornes chronologiques des périodes moderne et contemporaine et, qui plus est, dans une démarche d’une archéologie sans fouilles. <br>La Cérémonie du thé est un art encore largement pratiqué au Japon, les amateurs de thé continuent à entretenir la pratique et s’équipent encore et toujours.&nbsp;De ce fait, de nombreux maîtres de thé partagent leur art via des témoignages, retours d’expériences et nombreuses photographies sur leur site internet, sous le contrôle des grandes écoles de thé comme <a href="https://www.urasenke.or.jp/texte/" data-type="link" data-id="https://www.urasenke.or.jp/texte/">Urasenke</a>. Un certain nombre de maîtres proposent gracieusement des cours et dispensent des conseils quant à l’entretien et la gestion des instruments de thé.&nbsp;</p>



<p>Toutes ces informations et illustrations compilées nous permettent de rentrer dans l’intimité de l’art du thé, une vraie mine d’or dans le cadre de notre étude que nous approfondirons petit à petit dans de futurs articles à venir.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="785" src="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Kubo-Shunman-1024x785.jpeg" alt="" class="wp-image-580" style="aspect-ratio:1;width:434px;height:auto" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Kubo-Shunman-1024x785.jpeg 1024w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Kubo-Shunman-300x230.jpeg 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Kubo-Shunman-768x589.jpeg 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Kubo-Shunman.jpeg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Kubo Shunman, «&nbsp;<a href="https://www.rawpixel.com/image/9612535/image-paper-flower-art" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ensemble d’ustensiles pour une cérémonie du thé du nouvel an </a>&nbsp;», <br>1810 (Époque Edo : 1603–1868), Estampe Surimono, The Metropolitan Museum of Art</figcaption></figure></div>


<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="97765b1b-a7a3-418a-9b9c-308690339a21">Ces « voies » sont caractérisées par l’enseignement par un maître de la pratique, d’une concentration méditative et de l’apprentissage répété d’un geste ou d’une action. La voie est désignée en japonais pas le suffixe &#8211;<em>dō</em> 道 , d’ou <em>chadō</em> 茶道  « la voie du thé ».  <a href="#97765b1b-a7a3-418a-9b9c-308690339a21-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="8b7776dc-cedd-43dc-ad3e-85da3327231d"> <em>Articles à venir : &#8220;La Cérémonie du thé au Japon : Présentation des principaux instruments de thé (chadōgu 茶道具)  &#8220;</em> <a href="#8b7776dc-cedd-43dc-ad3e-85da3327231d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="8dd4e53e-948e-4665-b194-50f1adfd67cc">BALUT Pierre-Yves, « L’anthropologie de l’art, fondements de la recherche », 2003, p.23 <a href="#8dd4e53e-948e-4665-b194-50f1adfd67cc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="5ae1626b-21a7-4724-85bc-360e4f8c0c47">Ibid <a href="#5ae1626b-21a7-4724-85bc-360e4f8c0c47-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="d8c63544-70d0-4562-8671-0b1f8d7c93ab">BRUNEAU Philippe, et BALUT Pierre-Yves, <em>Artistique et Archéologie, </em>1997.<em> p.285 </em> <a href="#d8c63544-70d0-4562-8671-0b1f8d7c93ab-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="59d82b73-d828-48cc-8a5b-4475fb8d73e2">SUZUKI Sōho, <em>Ura Senke no chanoyu</em>. Tōkyō to Chiyoda-ku : Shufu no Tomosha, 1971. <a href="#59d82b73-d828-48cc-8a5b-4475fb8d73e2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="82631c11-0d95-436c-beb0-b3f1f31f3d54">QUETTE Béatrice (dir.), 2018. Japon-Japonisme, Objets inspirés, 1867-2018, [Catalogue d’exposition], Paris, Musée des Arts Décoratifs, du 15 novembre 2018 au 3 mars 2019, Paris : édition du MAD, p.128-129 <a href="#82631c11-0d95-436c-beb0-b3f1f31f3d54-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="24efbd91-9a6b-4586-9596-550117113795">GUICHARD- ANGUIS Sylvie, « Les objets du thé », in : SHIMIZU Christine (dir.), <em>Les arts de la cérémonie du thé, </em>éd.Faton. Dijon, 1996, p.159-187 <a href="#24efbd91-9a6b-4586-9596-550117113795-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="1d0bbab7-7990-4d7c-9bc4-cf1e17acdfe2">SEN Soshitsu XV,  <em>Chanoyu : the Urasenke tradition of tea,  Weatherhill, New-York</em>, 1988. <a href="#1d0bbab7-7990-4d7c-9bc4-cf1e17acdfe2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="0601a14f-10c1-412e-8dfb-b4f7cf3382ed">SEN’O Tanaka et SENDŌ Tanaka, <em>The Tea Ceremony</em>,Kodansha International, New York, 1973  (ré-ed. 2000) <a href="#0601a14f-10c1-412e-8dfb-b4f7cf3382ed-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="e400f300-1151-4464-a242-7198bb918760"><em>FUJIOKA Ryōichi, (et all.), Tea ceremony utensils, Weatherhill New York, 1973.</em> <a href="#e400f300-1151-4464-a242-7198bb918760-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="80b54157-ac55-4440-ae7a-c74a76047068">SEN Genshitsu,<em> Chanoyu Vocabulary : Practical terms for the Way of Tea, </em>ed. Tankosha, Tokyo, 2007. <a href="#80b54157-ac55-4440-ae7a-c74a76047068-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="8f2ffd76-177d-487a-b442-408d532015c3">De nombreuses ouvrages en japonais sont numérisés et consultables librement sur le site <a href="https://archive.org/details/texts?and%5B%5D=language%3A%22French%22">Archive.org </a>  <a href="#8f2ffd76-177d-487a-b442-408d532015c3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="272450ae-0ef1-4f57-a878-72014d3a71f7">La bibliothèque de la Maison de la Culture du Japon à paris (MCJP) : <a href="https://www.mcjp.fr/fr/bibliotheque">https://www.mcjp.fr/fr/bibliotheque</a> <a href="#272450ae-0ef1-4f57-a878-72014d3a71f7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="a817a949-2fcf-406a-8106-3a242495ef5f">SUZUKI Sōho, <em>op. cit</em>. <a href="#a817a949-2fcf-406a-8106-3a242495ef5f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li><li id="fc9603a2-710d-4030-a6a3-3dee02895b75">YURIKO Nagai, <em>Hanamusubi</em>, (花結び), éd. Tankosha, Tokyo, 1997 <a href="#fc9603a2-710d-4030-a6a3-3dee02895b75-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16">↩︎</a></li><li id="4688a05c-2cad-4299-8b22-c06ddd2dbb42">NEZU INSTITUTE OF FINE ARTS,<em> Enshu no chakai</em> (遠州の茶会<em>) : Tea utensils in Kobori Enshu’s tea ceremonies based on the enshu’s tea ceremony records, </em>Nezu Museum (根津美術館), Tokyo, Japan 1996 <a href="#4688a05c-2cad-4299-8b22-c06ddd2dbb42-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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					<wfw:commentRss>https://araca-asso.com/japon/les-instruments-de-la-ceremonie-du-the-au-japon-enjeux-techniques-esthetiques-et-patrimoniaux-de-leur-preservation-et-conservation-depuis-le-xvie-siecle/feed/</wfw:commentRss>
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		<title>L’art du calendrier e-goyomi : entre jeu visuel et références culturelles</title>
		<link>https://araca-asso.com/japon/de-le-goyomi-a-lestampe-de-brocart-harunobu-et-la-popularisation-dun-langage-visuel-inspire-de-la-chine/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Julie GUILLAUME]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jan 2025 17:06:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Estampes, manga, manhwa et bandes dessinées]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'art]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
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					<description><![CDATA[Bonne année 2025!🎉 En l’an 692 et jusqu’en 1872, fut adopté le calendrier lunaire japonais, repris sur le modèle du calendrier chinois mis au point depuis 443. Le fonctionnement du calendrier était basé, comme son nom l’indique, sur les phases de la lune : les mois étaient ainsi organisés en «&#160;lunaisons&#160;» et se composaient par [&#8230;]]]></description>
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<p><em>Bonne année 2025!🎉</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="757" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-1024x757.png" alt="" class="wp-image-439" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-1024x757.png 1024w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-300x222.png 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-768x567.png 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-1200x887.png 1200w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58.png 1294w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Attribuée à Suzuki Harunobu, <em>Belle chevauchant un phénix, </em>1765), <em>nishiki-e</em>, format <em>chûban </em>(20.5 × 27.7 cm), Clarence Buckingham Collection, © Art Institue of Chicago.&nbsp;</figcaption></figure>



<p></p>



<p>En l’an 692 et jusqu’en 1872, fut adopté le calendrier lunaire japonais, repris sur le modèle du calendrier chinois mis au point depuis 443. Le fonctionnement du calendrier était basé, comme son nom l’indique, sur les phases de la lune : les mois étaient ainsi organisés en «&nbsp;lunaisons&nbsp;» et se composaient par alternance de vingt-neuf (des «&nbsp;mois courts&nbsp;», <em>shô no tsuki</em>) ou de trente jours (des «&nbsp;mois longs&nbsp;», <em>dai no tsuki</em>). Sur une période de trois cent soixante-cinq jours, comprenant un tour entier de la Terre autour du Soleil, il devait arriver qu’il faille ajouter un mois supplémentaire tous les trois ans environ, appelé le <em>urû no tsuki</em>. Bien que l’ajout de ce mois était prévu de manière invariable sept fois dans un cycle de dix-neuf ans selon un ordre bien défini, sa place au sein de l’année en elle-même était bien plus aléatoire. </p>



<p>Organisation inconnue à l’avance, les calendriers prirent toute leur importance, informant la population des mois courts et des mois longs à venir. L’édition de ces listes demeurèrent néanmoins un monopole de l’état jusqu’en 1765&nbsp; : les éditeurs étaient sévèrement contrôlés et les publications «&nbsp;clandestines&nbsp;» étaient punies par la loi. C’est ainsi que virent le jour les <em>e-goyomi, </em>des estampes dans lesquelles les artistes inventifs cachèrent des détails sur l’organisation de l’année à venir que seuls les plus cultivés pouvaient comprendre, au sein de cercles littéraires ou de réunions intellectuelles, dans la mesure où souvent, ces estampes étaient imprégnées de références culturelles, de parodies nommées <em>mitate. </em></p>



<p>Suzuki Harunobu fut un des premiers artistes produisant ce type d’estampes. Très proche de ces intellectuels fraichement mentionnés, et en plus de fournir des compositions des plus intéressantes, mit au point une technique nouvelle : les « estampes de brocart » ou <em>nishiki-e, </em>oeuvres colorées dont les premiers exemples étaient en réalité des <em>e-goyomi. </em>Ainsi, nous étudierons au sein de ce article l’estampe <em>Belle chevauchant un phénix, </em>réalisée vers 1765 dans un format <em>chûban </em>(20.5 × 27.7 cm), selon la problématique suivante : <strong>de quelle façon Harunobu parvint-il à animer son estampe-calendrier <em>e-goyomi</em> de références culturelles chinoises, en popularisant conjointement le genre nouveau des estampes de brocart, les <em>nishiki-e</em> ?</strong></p>



<p>Il s’agira de nous pencher d’une part sur l’aspect technique de cette oeuvre, empruntant son iconographie à la mythologie taoïste ; d’autre part, sur la fonction de ces estampes de calendrier en analysant la manière dont les cercles intellectuels pouvaient décrypter les détails de cette <em>e-goyomi ; </em>et enfin, l’émergence des <em>nishiki-e</em> d’Harunobu dont cette estampe fut un des premiers témoins.&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">UN EMPRUNT À LA MYTHOLOGIE TAOÏSTE AU TRAVERS D&#8217;UNE ESTAMPE JAPONAISE </mark></strong></p>



<p><strong>Description&nbsp;</strong></p>



<p>Harunobu fut relativement inspiré par les belles femmes ; la composition de cette estampe ne peut échapper à celles des <em>bijin-ga</em>. Une belle et jeune femme occupe une position centrale et majestueuse, chevauchant un phénix ; dans un axe qui maintient la verticalité de la composition, elle est vêtue d’un kimono traditionnel aux nombreuses couches de tissu dont les manches, portant la même couleur que son <em>obi</em>, sont ornées de fleurs. Le reste du vêtement porte quant à lui de petits losanges réalisés dans une grande virtuosité ; une finesse caractéristique du travail de Suzuki Harunobu. Sa coiffure élaborée est représentative de celles des courtisanes de haut rang, composées d’ornements, de barrettes et de peignes ondulant ses cheveux.&nbsp;</p>



<p>La jeune fille tient dans ses mains un orgue à bouche, que l’on peut nommer <em>shô : </em>il s’agit d’un instrument de musique classique chinois dont les premières apparitions se firent partir de 1100 avant J.-C.&nbsp; Cet instrument pût être daté grâce à sa mention <em>sheng</em> dans le <em>Classique des vers </em>ou <em>Les Trois Cent Poèmes </em>: recueil de textes daté du XI<sup>e</sup> au V<sup>e</sup>&nbsp;siècle&nbsp;av. J.-C. Composé d’une chambre à vent entre dix-sept tuyaux de bambous, cet instrument est relativement raffiné et s’impose dans la culture classique asiatique. Selon une étude de la Philharmonie de Paris, la forme et l’organisation des tuyaux de cet orgue à bouche reprend celle des ailes du phénix, en vol puis repliées : voici ainsi un élément permettant de faire des liens iconographiques au sein de la composition.&nbsp;</p>



<p>Le second élément principal de l’estampe n’est autre que le phénix sur lequel se tient majestueusement la jeune fille, dont le vêtement se mêle avec virtuosité aux longues plumes ondulantes de la queue de l’oiseau. Situé dans une certaine diagonale, la tête descendant vers l’avant, le phénix en vol déploie ses ailes composées de nombreuses plumes ajoutant du mysticisme à la scène. L’oiseau semble se diriger dans le coin droit de l’estampe orné de végétaux et de fleurs, s’avérant être des feuilles de <em>paulownia</em>. Surnommé l’arbre «&nbsp;impérial&nbsp;», cette variété de plante ne figure pas ici sans hasard. Elle ajoute à la scène un côté luxueux et majestueux, qui est déjà d’une part, rendu par la jeune fille juchée sur son oiseau.</p>



<p><strong>Des références à la culture chinoise taoïste&nbsp;</strong></p>



<p>Si le thème de la jeune fille chevauchant des animaux tels que l’oie, la tortue à longue queue, l’éléphant banc ou la carpe est relativement traditionnel dans la culture japonaise &#8211; notamment en ce qui concerne les images produites à l’occasion du Nouvel An -, c’est de la mythologie chinoise taoïste dont elle se rapproche ici. Selon diverses sources, le motif de la jeune fille volant sur le dos d’un phénix a été assimilé au mythe d’un sage chinois nommé Fei Zhangfang : il semblerait qu’il y ait eu confusion en ce qui concerne le mythe de ce vieillard médecin désireux d’acquérir l’immortalité, guérissant les maladies et combattant les démons. Etymologiquement parlant, peut-être pouvons nous l’expliquer par le caractère de son nom <em>Fēi</em>, signifiant «&nbsp;voler&nbsp;».&nbsp;</p>



<p>Toutefois, la connaissance de la mythologie chinoise suggérerait de rapprocher le thème de l’estampe d’Harunobu à un des Huit Immortels chinois, divinités du taoïsme et de la religion populaire chinoise. En effet, si aucune allusion à un voyage de Fei Zhangfang sur une grue n’est mentionnée dans le volume quatre-vingt deux du <em>Livre de la dernière dynastie des Han</em>, «&nbsp;Le soixante-douzième livre de la biographie de l’alchimie&nbsp;» ; cette iconographie reflète entièrement celle de Han XiangZi traditionnellement représenté tel un jeune homme jouant de la flûte, en qualité de patron des musiciens. Quant à la représentation relativement commune des «&nbsp;Huit Immortels traversant la mer&nbsp;» dans laquelle chacune des divinités transforment leur talisman, leur symbole, en embarcation pour rentrer d’une visite sur l’île magique de <em>Penglai, </em>le motif de la grue y est toujours figuré : il s’agit en effet de l’iconographie accompagnant le dieu joueur de flûte&nbsp;Han XiangZi.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="448" height="822" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.21.56.png" alt="" class="wp-image-441" style="width:242px;height:auto" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.21.56.png 448w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.21.56-164x300.png 164w" sizes="auto, (max-width: 448px) 100vw, 448px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Han XiangZ</em>i, estampe chinoise, date&nbsp;inconnue.&nbsp;Caractéristiques :&nbsp; flûte et grue.&nbsp;</figcaption></figure>



<p>Les symboles de l’estampe d’Harunobu sont alors plus aisément compréhensibles : dans la mesure où l’iconographie animée dans de nombreuses estampes telles que celle-ci est souvent nommée «&nbsp;Immortel sur une grue divine », la jeune femme pourrait alors être une personnification de la divinité taoïste Han XiangZi ; son orgue à bouche assimilé à sa flûte ainsi que son phénix à sa «&nbsp;grue divine&nbsp;», autrement dit, l’oiseau monté par des immortels (le sang du phénix rendant l’oiseau lui même impérissable). L’oiseau sur lequel vole la jeune femme est par ailleurs une transposition du phénix chinois mythique <em>fenghuang, </em>qui règne sur tous les autres espèces volantes (considéré comme le plus sage des oiseaux, il est l’emblème personnel de l’impératrice de Chine, tandis que celui de l’empereur demeure le dragon, espèce de qui il est très fréquemment rapproché dans l’iconographie chinoise), à la culture japonaise qui l’a renommé <em>hō. </em>Cette espèce se caractérise par ailleurs par une longue trainée de plumes, un cou en écailles de tortue et un plumage jaune, rouge et noir : des caractéristiques globalement représentées ici. De plus, l’iconographie relative à celle du phénix mentionne sans exception sa figuration dans la direction du sud : ici, la tête de l’oiseau est bel et bien orientée dans cette direction, comme dans beaucoup d’estampes de cette époque qui reprennent le même thème. Enfin, le <em>hō </em>est très généralement représenté aux alentours d’une plante bien particulière : les <em>paulownia, </em>dont les fleurs sont effectivement dessinées par Harunobu.&nbsp;</p>



<p>Ainsi, cette estampe s’avère être animée de nombreuses références à la mythologique taoïste chinoise : notons la personnification de la divinité Han XiangZi par la jeune femme, la musique traditionnellement évoquée par la présence d’une flûte qui est ici représentée par un orgue à bouche, ainsi que la grue divine chinoise sous les traits d’un phénix japonais renommé <em>hôô.</em></p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">DES ESTAMPES DE CALENDRIERS À LA FONCTION AUSSI INTELLECTUELLE, SOCIALE QUE LUDIQUE</mark></strong></p>



<p><strong>La dissimulation d’indices calendaires par des références culturelles</strong></p>



<p>En plus de proposer une composition particulièrement esthétique et gracieuse, Suzuki Harunobu conféra à son estampe <em>Belle chevauchant un phénix </em>un caractère intellectuel à des fins calendaires, mis à la disposition des cercles culturels qu’il fréquentaient régulièrement.&nbsp;</p>



<p>À partir de 1765 ont été éditées des nombreuses images luxueuses à l’occasion de Nouvel-An, prenant ainsi le rôle caché des <em>e-goyomi, </em>des calendriers sous forme d’estampes. Bien que ces images n’étaient pas totalement inédites (le premier<em> e-goyomi </em>datant environ de 1686), ce genre a prospéré durant l&#8217;ère Meiwa (1764-1771), mais les lois du shogunat au pouvoir imposaient que seule une poignée d&#8217;éditeurs était officiellement autorisée à produire des calendriers pour le public. Cependant, les <em>e-goyomi </em>devinrent un des principaux centres d’intérêt des riches mécènes de ces cercles qui se mirent à en commander à des artistes tels qu’Harunobu : des samuraïs passionnés de littérature classique et des riches marchands s’échangeaient ces images au cours de réunions relativement fermées, qui de ce fait, parvenaient à échapper aux contraintes de leur illégale diffusion de masse. C’est donc pourquoi l’organisation de l’année, les mois courts et longs à venir, étaient annoncés de manière subtile sous forme d’images, incarnés par des codes, des rébus, des parodies ou des allusions à des oeuvres littéraires classiques, des mythes chinois, des croyances extrême-orientales qui étaient pour une grande part inaccessibles, mais bien lisibles pour les intellectuels et les amateurs. Tels des indices, les informations n’étaient pas évoquées clairement mais se laissaient déduire. Les références à la culture chinoise, franchement étudiées, prennent au sein de l’estampe d’Harunobu <em>Belle chevauchant un phénix </em>tout leur sens : la fonction sociale et culturelle de ces <em>e-goyomi </em>témoignait bien du goût pour les défis culturels de ces hommes lettrés, qui de toute évidence, étaient assez cultivés pour comprendre immédiatement la référence animant cette estampe. Les renvois à l’instrument chinois, à l’oiseau mythique<em>, </em>aux motifs impériaux en plus du mythe chinois de la divinité Han XiangZi duquel cette estampe est rapprochée, sont à bien des égards des motifs culturels classiques qui sont fréquemment reproduits dans les estampes dédiés à la Nouvelle Année. En plus de rechercher dans sa composition les indications calendaires, les intellectuels se plaisaient à identifier le mythe chinois dont il était question au sein de cette estampe d’Harunobu. Ainsi, les artistes conçurent des sortes de jeux, induisant une certaine gymnastique d’esprit qui pouvaient s’incarner sous diverses formes.&nbsp;</p>



<p>Il y eut d’une part, en ce qui concerne l’estampe d’Harunobu <em>Belle chevauchant un phénix, </em>des indices sous forme décorative : les indications calendaires peuvent, en effet, se cacher au sein d’ornements, d’objets mais plus fréquemment dans des vêtements. Ici, les chiffres des longs mois sont à chercher au niveau des manches du kimono de la jeune fille. Par ces indications fournies par l’artiste, l’amateur pouvait déduire, en sachant quels mois étaient composés de trente jours, ceux qui n’en étaient composés que de vingt-neuf et ainsi comprendre le déroulement de l’année lunaire à venir.&nbsp;</p>



<p>Contrairement à ce que nous venons d’étudier avec <em>Belle chevauchant un phénix</em>, et parmi de nombreuses autres formes d’<em>e-goyomi</em> qu’on ne pourrait toutes évoquer ici (telles que les <em>moji-e, </em>les poèmes…), les indices informant le lettré de la composition de l’année peuvent intervenir selon des motifs figuratifs : nous pouvons user de l’exemple explicité par Marianne Simon-Oikawa dans son ouvrage <em>Extrême-Orient Extrême-Occident, </em>«&nbsp;Le temps codé&nbsp;: les calendriers en images (<em>e-goyomi</em>) au Japon&nbsp;» ; le coq du zodiaque perché sur un tambour dans le calendrier de 1789&nbsp; (<em>Daishô goyomi harimaze-chô</em>). Ici, les codes à déchiffrer ne sont pas rendus par des nombres à lire, comme dans l’estampe <em>Belle chevauchant un phénix,</em> mais bien par une figure à comprendre. L’amateur pouvait déduire dans cette estampe que les longues plumes de la queue du coq correspondaient aux mois longs de l’année, les «&nbsp;<em>dai no tsuki&nbsp;», </em>et les plumes courtes s’apparentaient aux mois courts, les «&nbsp;<em>shô no tsuki&nbsp;». </em>Cette façon de faire passer le message pouvait toutefois ne pas sembler assez subtile : ainsi, l’artiste a souhaité contourner cette facilité en dissimulant ses codes dans les feuilles de lierre, tombant du tambour sur lequel le coq est juché. Ainsi, remarquons qu’elles sont au nombre de treize, différenciées par deux tailles différentes : les grandes feuilles correspondent aux mois longs, tandis que les plus petites correspondent aux mois courts. Cette disposition des éléments révèle, en plus de la prouesse de l’artiste, une fonction réservée à une élite d’intellectuels qui&nbsp;cependant ne tarderait bientôt à devenir illisible.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="448" height="656" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.32.33.png" alt="" class="wp-image-442" style="width:160px;height:auto" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.32.33.png 448w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.32.33-205x300.png 205w" sizes="auto, (max-width: 448px) 100vw, 448px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Coq du zodiaque perché sur son tambour, </em>calendrier de 1789,&nbsp; <em>Daishô goyomi harimaze-chô, </em>Bibliothèque de la Diète, Tokyo.&nbsp;</figcaption></figure>



<p><strong>La ré-édition des estampes «&nbsp;périmées&nbsp;»</strong></p>



<p>Si les estampes <em>e-goyomi </em>prenaient toute leur fonction par leurs indications calendaires cachées, elles demeuraient néanmoins des oeuvres d’art qui gagnaient à être longuement contemplées par leur composition luxueuse, la richesse des matériaux employés, la finesse des motifs permise par les prouesses techniques des artistes qui en sont à l’origine. Il arrivait qu’une fois l’année passée, ces estampes puissent être considérées comme «&nbsp;périmées&nbsp;»&nbsp;et être ainsi détruites : cela expliquerait le nombre si peu important de calendriers-estampes qui nous soit&nbsp;aujourd’hui parvenu. Cependant, d’autres estampes avaient tant de succès qu’il arrivait que les indications calendaires assez claires, telles que les chiffres inscrits au niveau d’objets ou de vêtements visibles dans <em>Belle chevauchant un phénix</em>, soient retirés pour que l’estampe puisse être ré-éditée et largement diffusée dans ses pleins droits, appréciée pour sa beauté. L’exemple que nous avons choisi de traiter avec l’estampe d’Harunobu s’avère pertinent, dans la mesure où un exemplaire de la version de l’estampe comme calendrier est conservé à la Clarence Buckingham Collection (et présenté à plusieurs reprises au sein d’expositions dédiées aux <em>e-goyomi, </em>à l’Art Institute of Chicago notamment) ; mais un exemplaire de sa version ré-éditée sans ses indications informant l’amateur de la composition de l’année est conservé à la Bibliothèque nationale de France. Ces deux exemplaires nous permettent ainsi de faire la différence entre les deux versions de l’estampe qui, bien des siècles plus tôt, étaient chargées d’une fonction sociale et culturelle très forte. En plus des chiffres absents, les couleurs sont ici légèrement différentes et les inscriptions dans le coin droit de l’estampe ont été supprimées.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="757" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-1-1024x757.png" alt="" class="wp-image-443" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-1-1024x757.png 1024w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-1-300x222.png 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-1-768x567.png 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-1-1200x887.png 1200w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.10.58-1.png 1294w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Attribuée à Suzuki Harunobu, <em>Belle chevauchant un phénix, </em>1765), <em>nishiki-e</em>, format <em>chûban </em>(20.5 × 27.7 cm), Clarence Buckingham Collection, © Art Institue of Chicago.&nbsp;</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="799" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.40.04-1024x799.png" alt="" class="wp-image-444" srcset="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.40.04-1024x799.png 1024w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.40.04-300x234.png 300w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.40.04-768x600.png 768w, https://araca-asso.com/wp-content/uploads/2025/01/Capture-decran-2025-01-06-a-16.40.04.png 1140w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Attribuée à Suzuki Harunobu, <em>Belle chevauchant un phénix,</em> vers 1770, nishiki<em>-e</em>, format <em>chûban </em>(19,8 x 25,5 cm), BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 186<br>© Bibliothèque nationale de France</figcaption></figure>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">UN DES PREMIERS TÉMOINS DES &#8220;ESTAMPES DE BROCART&#8221; : LA POPULARISATION DES <em>NISHIKI-E </em></mark></strong></p>



<p>Les estampes <em>e-goyomi </em>eurent un rôle fondamental dans la culture japonaise par leur originalité, leur fonction, leur symbolique. Suzuki Harunobu fut en effet un des principaux artistes ayant réalisé ces calendriers-estampes ; cette activité le mena à la mise au point d’une technique nouvelle, donnant un souffle décisif au développement du genre de l’estampe à la période d’Edo : les estampes polychromes «&nbsp;de brocart&nbsp;», ou appelées les <em>nishiki-e. </em>Les <em>e-goyomi </em>furent ainsi les toutes premières estampes colorées de l’artiste et le perfectionnement extrêmement coûteux de ce procédé a en réalité été permis grâce au goût des riches mécènes pour les luxueuses estampes de calendriers qui commencèrent à lui commander des estampes rehaussées de sept ou huit couleurs. Une production de plus en plus raffinée survint donc pour devenir désormais polychrome : les couleurs pouvaient ainsi être multipliées grâce à une dizaine de planches de bois portant les couleurs à imprimer sur un papier de grande qualité de type <em>hôsho.&nbsp;</em></p>



<p>Auparavant, les estampes étaient monochromes, pour ensuite être colorées à la main par un peintre d’estampes (notamment par l’usage de la couleur orangée de plomb, <em>tan, </em>puis celui du pourpre, <em>beni, </em>et enfin du jaune, vert et violet). Aux alentours de 1744, le processus commença à prendre un autre tournant, qui impliquait un procédé xylographique évitant aux peintres d’avoir à colorer les estampes une par une ; les premiers artistes usant de cette technique étant Okumura Masanobu ou Ishikawa Toyonobu. C’est alors en 1765, année de la réalisation de son estampe <em>Belle chevauchant un phénix,</em> qu’Harunobu contribua à mettre au point la technique la plus importante du développement de l’estampe, les <em>nishiki-e. </em>Le processus peut être défini comme tel : une planche de bois principale comportait les traits du dessin, et de nombreuses autres planches de bois permettant d’appliquer chaque couleur dans une zone particulière de l’estampe. Ainsi, Harunobu fut un des premiers artistes à user de plus de trois couleurs dans ses productions :<em> </em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">«&nbsp;Harunobu s&#8217;essaya avec succès aux impressions à couleurs multiples, aux pigments recherchés, qui nécessitaient parfois une quinzaine de bois gravés. Agrémentées de gaufrages, de fonds marbrés, de poudres de métaux et de mica, de dégradés, ces «&nbsp;images de brocart&nbsp;», au nom évocateur dû à leurs chatoyantes couleurs, de format chûban, supplantèrent vers 1765 les estampes imprimées en deux ou trois couleurs.&nbsp;»</mark> </em></p>



<p>(Bibliothèque nationale de France&nbsp;: «&nbsp;Image de calendrier, «&nbsp;Beauté sautant dans le vide depuis le balcon du temple KiyomIzu&nbsp;», Harunobu Suzuki, 1765&nbsp;»).</p>
</blockquote>



<p>Pour que les planches de bois soient toujours disposées au même endroit, sans risquer de décaler le dessin au bout de quelques impressions, fut mis en place un procédé fait de marques de repérage que l’on peut nommer <em>kentō.</em> Harunobu expérimenter sa technique en bénéficiant du soutien financier des mécènes qu’il côtoyait au sein des cercles intellectuels : il testa divers bois d’imprimerie (usant du cerisier par exemple), les couleurs employées étaient extrêmement couteuses et appliquées en épaisses couches. Le papier eut lui aussi toute son importance, car une bonne impression ne pouvait se passer d’un support de diffusion de qualité : blanc et souple, un quart d’une feuille de papier de type <em>hoshō </em>était souvent utilisé pour le format <em>chūban </em>(de dimensions 28 x 20 cm environ) qui était en réalité le plus courant pour ces «&nbsp;images de brocart&nbsp;», le<em> ōbōsho</em>.</p>



<p>L’estampe d’Harunobu <em>Belle chevauchant un phénix </em>est ainsi un des premiers exemples d’e<em>goyomi</em> colorées, sous forme de <em>nishiki-e. </em>Les couleurs sont variées dans les tons ocres, roses, jaunes ; de fines nuances sont perceptibles dans le plumage du phénix, dans le kimono de la jeune fille, faisant de cette estampe un chef d’oeuvre d’un nouveau genre de l’<em>ukiyo-e</em>. Remarquons néanmoins le perfectionnement de la technique dans la version ultérieure de l’estampe avec des couleurs plus opaques, plus prononcées, animée de roses plus vifs, le plumage de l’oiseau plus nuancé. &nbsp;</p>



<p>Pour conclure, cette estampe dite <em>e-goyomi </em>est une des nombreuses estampes de calendrier qui ont proliféré au XVIIIe siècle au Japon : si l’organisation de l’année était inconnue à l’avance, les peintres d’estampes s’adonnèrent à la production d’oeuvres à la fonction aussi ludique que sociale : elles représentaient d’une part un jeu d’esprit dissimulant des indications calendaires, et étaient destinées d’autre part à des cercles d’intellectuels qui se plaisent à contempler et «&nbsp;lire&nbsp;» des compositions empruntes de références classiques japonaises ou, ici, chinoises. Le mythe de Han XiangZi fut alors au centre d’une composition luxueuse personnifiée par une jeune fille sur son phénix : une estampe de cette envergure ne pouvait se destiner, une fois l’année passée, à être détruite. C’est ainsi que furent ré-éditées celles qui eurent du succès, sans les indications calendaires qui étaient interdites par la loi. Ces estampes donnèrent par ailleurs naissance au fameux genre <em>nishiki-e </em>mis au point par Harunobu, dont le procédé fut amené à son paroxysme.&nbsp;</p>



<p><strong>Bibliographie sélective :</strong></p>



<p>Iwao Seiichi, Iyanaga Teizō, Ishii Susumu, Yoshida Shōichirō, Fujimura Jun&#8217;ichirō, Fujimura Michio, Yoshikawa Itsuji, Akiyama Terukazu, Iyanaga Shōkichi, Matsubara Hideichi, <em>Dictionnaire historique du Japon</em>, volume 16, 1990. Lettres N (2), O, P et R (1) p. 4.</p>



<p>LAMBERT Giselle, <em>Estampes japonaises : mémoires et merveilles de la Bibliothèque Nationale de France, </em>Paris, 2007, Ed. Bibliothèque nationale de France, France-Loisirs, novembre 2007, broché, 174 p., illustrations en couleur.&nbsp;</p>



<p>SIMON-OIKAWA Marianne, «&nbsp;Le temps codé&nbsp;: les calendriers en images (<em>egoyomi</em>) au Japon&nbsp;»,&nbsp;<em>Extrême-Orient Extrême-Occident</em> [En ligne], 30&nbsp;|&nbsp;2008, mis en ligne le 01 octobre 2011, consulté le 22 avril 2021. URL&nbsp;: http://journals.openedition.org/extremeorient/102&nbsp;; DOI&nbsp;: <a href="https://doi.org/10.4000/extremeorient.102">https://doi.org/10.4000/extremeorient.102</a></p>



<p><em>Egoyomi: Picture Calendars for the New Year, </em>Art Institue of Chicago, Gallery 107, 19/12/2019 &#8211; 23/02/2020. URL : <a href="https://www.artic.edu/artworks/44206/young-woman-riding-a-phoenix"><em>https://www.artic.edu/artworks/44206/young-woman-riding-a-phoenix</em></a>&nbsp;</p>



<p>«&nbsp;Image de calendrier&nbsp;», <em>BnF &#8211; L&#8217;estampe japonaise</em>, Bibliothèque nationale de France. URL : <a href="http://expositions.bnf.fr/japonaises/grand/033.htm"><em>http://expositions.bnf.fr/japonaises/grand/033.htm</em></a>&nbsp;</p>



<p></p>



<p></p>



<p><em>Cet article est issu d&#8217;un commentaire d&#8217;oeuvre de troisième année universitaire, réalisé en mai 2021.</em></p>



<p></p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Le paravent : une surface mobile et oblique de la peinture japonaise</title>
		<link>https://araca-asso.com/japon/le-paravent-une-surface-mobile-et-oblique-de-la-peinture-japonaise/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Julie GUILLAUME]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Nov 2024 14:00:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts décoratifs]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'art]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
		<category><![CDATA[byobu]]></category>
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					<description><![CDATA[Le paravent a joué un rôle déterminant dans le développement culturel et esthétique de l’Asie. Cette étude tentera d&#8217;aborder la production de ces objets à travers un processus complexe d’importation et d’adaptation, révélateur d&#8217;échanges culturels dynamiques entre la Chine, la Corée, le Japon et, plus tard, l’Occident. En examinant l’histoire, les avancées technologiques majeures et [&#8230;]]]></description>
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<p>Le paravent a joué un rôle déterminant dans le développement culturel et esthétique de l’Asie. Cette étude tentera d&#8217;aborder la production de ces objets à travers un processus complexe d’importation et d’adaptation, révélateur d&#8217;échanges culturels dynamiques entre la Chine, la Corée, le Japon et, plus tard, l’Occident. En examinant l’histoire, les avancées technologiques majeures et les influences réciproques, nous chercherons à mettre en lumière l’évolution picturale et matérielle du <em>nihon byōbu</em>, dans un contexte marqué par des bouleversements politiques et culturels.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" src="http://192.168.1.142/wp-content/uploads/2024/11/96-007351-removebg-preview.png" alt="" class="wp-image-113"/><figcaption class="wp-element-caption">Anonyme, <em>Éventails flottants sur la rivière,</em> XVIIe siècle (époque d&#8217;Edo), 156 x 361 cm, couleurs et feuilles d&#8217;or sur papier, Musée national des arts asiatiques &#8211; Guimet (MNAAG).</figcaption></figure>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">PARAVENTS ASIATIQUES : AU CARREFOUR DES ÉCHANGES CULTURELS</mark></strong></p>



<p><strong>La naissance du <em>nihon byōbu, </em>une forme artistique empruntée</strong></p>



<p>Nombreuses furent les formes d’art japonaises puisées dans les traditions de la Chine et de la Corée anciennes ; si le paravent connut un remarquable essor pictural sur l’archipel nippon, il affiche une trajectoire identique à ces dernières et nous ne saurions, en cela, en ignorer les origines.<sup data-fn="b38a2f98-ca58-432b-acd8-c72c16487e6f" class="fn"><a href="#b38a2f98-ca58-432b-acd8-c72c16487e6f" id="b38a2f98-ca58-432b-acd8-c72c16487e6f-link">1</a></sup>&nbsp;Il se détacha en revanche très rapidement du style chinois et ses influences pour adopter cette singularité matérielle et technologique si caractéristique du <em>byōbu</em>, dont la légèreté et les décors ont contribué au développement de la grande peinture japonaise.</p>



<p><em><strong>Chronologie et importation</strong></em></p>



<p>Les paravents japonais ont une origine complexe et riche, trouvant leurs racines dans les échanges culturels avec la Chine et la Corée. La profonde influence par l’introduction du bouddhisme au Japon, aux alentours du VIIe siècle de notre ère, a conduit à l’importation de diverses formes artistiques et techniques chinoises &#8211; parmi elles comptent les écrans dits&nbsp;<em>byōbu</em><sup data-fn="020e97c0-c78b-47c1-82f7-9034e21228c8" class="fn"><a href="#020e97c0-c78b-47c1-82f7-9034e21228c8" id="020e97c0-c78b-47c1-82f7-9034e21228c8-link">2</a></sup>, transcription littérale du terme chinois «&nbsp;<em>ping feng&nbsp;</em>» désignant un « mur contre le vent » ou « para-vent ». Les premiers paravents chinois connus – de simples panneaux à un seul pan<sup data-fn="3697df32-df59-4a13-8dab-beec1a53db2b" class="fn"><a href="#3697df32-df59-4a13-8dab-beec1a53db2b" id="3697df32-df59-4a13-8dab-beec1a53db2b-link">3</a></sup>&nbsp;&#8211; remonteraient à la dynastie des Han, tel que les Chroniques chinoises nous en rapportèrent l’usage<sup data-fn="a106870e-4103-4817-ba91-98a8c3a4e7b0" class="fn"><a href="#a106870e-4103-4817-ba91-98a8c3a4e7b0" id="a106870e-4103-4817-ba91-98a8c3a4e7b0-link">4</a></sup>,&nbsp;mais ils se développèrent notamment sous la dynastie Tang (618-907). Si aucun exemplaire ne nous est parvenu de cette époque, des sources figurées telles que « Le Jeu d’échecs » extrait de l’œuvre sur soie&nbsp;<em>Dix-huit lettrés</em>&nbsp;sous la dynastie suivante nous renseignent sur leur apparence : généralement fabriqués en bois simple ou à motifs sculptés et décorés de peintures ou de calligraphies, les paravents étaient souvent employés dans les palais impériaux et demeures des élites pour diviser les espaces ou créer des zones d&#8217;intimité, ou servirent de décorations luxueuses lors de cérémonies officielles et d&#8217;événements culturels.</p>



<p>Toutefois, avant qu’ils ne traversent plus largement la mer de Chine orientale avec l’expansion de la dynastie Tang et l’intensification des contacts avec le Japon, les premiers paravents sont venus de Corée ; par sa position stratégique entre les deux pays, la Corée a agi comme un pont culturel, transmettant divers aspects de la civilisation chinoise au Japon.<sup data-fn="ac8ae392-fb8a-4ecd-9e72-075388b3c9ba" class="fn"><a href="#ac8ae392-fb8a-4ecd-9e72-075388b3c9ba" id="ac8ae392-fb8a-4ecd-9e72-075388b3c9ba-link">5</a></sup>&nbsp;Les premiers paravents coréens étaient probablement influencés par les modèles chinois, mais ils ont également développé leurs propres styles distincts.</p>



<p>S’il est difficile de déterminer exactement quand les&nbsp;<em>byōbu&nbsp;</em>ont été introduits au Japon, la plus ancienne mention de paravents concerne ceux qui ont été offerts à la cour japonaise par le royaume coréen de Silla en 686<sup data-fn="052e1861-ffe8-4219-ab72-fff40f37cc68" class="fn"><a href="#052e1861-ffe8-4219-ab72-fff40f37cc68" id="052e1861-ffe8-4219-ab72-fff40f37cc68-link">6</a></sup>. Il est mentionné dans l’inventaire&nbsp;<em>Kokka chinpochō&nbsp;</em>ou « Registre des trésors rares de la Nation », au moment du dépôt impérial au Shōsō-in de Nara en 756, qu’une centaine de paravents avaient été présentés à l’impératrice-consort Kōmyō en hommage à son défunt époux Shōmu.<sup data-fn="8df51ad9-0533-492d-9cb7-e801ed63015c" class="fn"><a href="#8df51ad9-0533-492d-9cb7-e801ed63015c" id="8df51ad9-0533-492d-9cb7-e801ed63015c-link">7</a></sup>&nbsp;Révélateur du soin méticuleux apporté à toute la collection, l&#8217;inventaire détaille les paysages bouddhiques et profanes « faits de palais, de fleurs, d’herbes, de poèmes, d’animaux, d’oiseaux et de figures humaines sur soie ou papier ».<sup data-fn="658a80be-e3b4-4682-83f5-b91db809771f" class="fn"><a href="#658a80be-e3b4-4682-83f5-b91db809771f" id="658a80be-e3b4-4682-83f5-b91db809771f-link">8</a></sup>&nbsp;Ainsi, le nombre et la variété des sujets évoqués décrivent la façon dont le paravent put déjà s’imposer comme un objet indispensable et tourné vers les hautes classes sociales, témoignant de la splendeur décorative de l&#8217;influence sino-coréenne.</p>



<p>De ces précieux objets subsistent aujourd’hui une quarantaine de panneaux, dans un état de conservation relativement délicat ; raison pour laquelle les biens issus du dépôt impérial ne sont exposés à tour de rôle que lors de l’exposition annuelle des trésors au Musée national de Nara. Les panneaux les plus emblématiques, montrés au public pour la dernière fois en 1999, sont ceux des&nbsp;<em>Femmes en robes de plumes</em> (<em>Torige ritsujo no byōbu</em>).&nbsp;Les figures représentées sous un arbre sont sans conteste d&#8217;origine chinoise, reflétant l&#8217;idéal de beauté féminine de la dynastie Tang, bien que ce thème évoque des influences indiennes, persanes ou d&#8217;Asie centrale – les visages présentent une troublante similitude avec des peintures contemporaines des tombes de Tourfan, une oasis au nord du bassin du Tarim.<sup data-fn="46c6b7f5-df74-4ab8-8313-8be893a15857" class="fn"><a href="#46c6b7f5-df74-4ab8-8313-8be893a15857" id="46c6b7f5-df74-4ab8-8313-8be893a15857-link">9</a></sup>&nbsp;Elles rappellent les célèbres représentations de femmes inspirées par Yang Guifei,<sup data-fn="8d564d0a-61cf-4363-b169-43c1b7399017" class="fn"><a href="#8d564d0a-61cf-4363-b169-43c1b7399017" id="8d564d0a-61cf-4363-b169-43c1b7399017-link">10</a></sup>&nbsp;une des quatre beautés de la Chine antique, contemporaine de l&#8217;époque du dépôt impérial. Les dames étaient peintes avec un contour à l&#8217;encre et colorées avec des plumes d&#8217;oiseaux sur leur costume, une technique prisée à la cour des Tang. Malgré la beauté de cette composition, ces panneaux se trouvent particulièrement éprouvés et désolidarisés. La méthode de charnières qui les liait, peu fiable et maladroite, en est probablement à l’origine ; les pans étaient reliés par des lanières de cuir ou de tissu tirées à travers des trous percés au bord de chaque panneau. Cette faiblesse dans la construction des paravents de cette époque pourrait avoir contribué, en partie, au déclin ultérieur de la peinture sur écran en Chine.<sup data-fn="12927c1f-05c2-4c9d-821a-c874616ec4dd" class="fn"><a href="#12927c1f-05c2-4c9d-821a-c874616ec4dd" id="12927c1f-05c2-4c9d-821a-c874616ec4dd-link">11</a></sup></p>



<p>Au Japon, cet art perdura justement grâce à l’ingéniosité admirée par les Chinois des charnières en papier, permettant un assemblage plus solide des panneaux sans interstices<sup data-fn="130f544f-433c-4935-bb95-14113e360cba" class="fn"><a href="#130f544f-433c-4935-bb95-14113e360cba" id="130f544f-433c-4935-bb95-14113e360cba-link">12</a></sup> ; ceux-ci ne tardèrent pas à préférer, à certains égards, importer des paravents directement du Japon. A partir de 989, le prêtre Shonen apporta des paravents en Chine, cadeau qui fut particulièrement bien accueilli par les Chinois considérant ceux-ci comme l&#8217;une des contributions artistiques spéciales du Japon.<sup data-fn="75db486f-bab8-4787-a4df-451c610b9ed5" class="fn"><a href="#75db486f-bab8-4787-a4df-451c610b9ed5" id="75db486f-bab8-4787-a4df-451c610b9ed5-link">13</a></sup>&nbsp;Cela ne vise pas à diminuer l&#8217;importance de la peinture sur paravents chinoise, mais plutôt à souligner que son développement en Chine a suivi une trajectoire chronologique inverse, avec une importance initiale déclinant au fil du temps : depuis les premières périodes des Han et des Tang, quelques noms de grands peintres ont été mentionnés. Jusqu&#8217;à la dynastie des Song, les peintures murales et les paravents à grande échelle étaient considérés comme une forme d&#8217;art majeure en Chine. Cependant, sous les Song, les lettrés ont mis l&#8217;accent sur la peinture à l&#8217;encre, reléguant la peinture sur écran au statut de décoration, réalisée principalement par des artisans.<sup data-fn="a8909ef3-5a44-4c22-a97b-945f266ec182" class="fn"><a href="#a8909ef3-5a44-4c22-a97b-945f266ec182" id="a8909ef3-5a44-4c22-a97b-945f266ec182-link">14</a></sup> Ainsi, les paravents étaient souvent utilisés comme mobilier d&#8217;extérieur, raison pour laquelle ils apparaissent souvent comme des &#8220;images dans les images&#8221; lorsqu’ils apparaissent au fond d’une composition figurée, servant de brise-vent ou de point focal dans les jardins, et n&#8217;étaient pas considérés comme des œuvres d&#8217;art de grande valeur.<sup data-fn="7f28cf0e-b956-4217-851d-cddd8c69113e" class="fn"><a href="#7f28cf0e-b956-4217-851d-cddd8c69113e" id="7f28cf0e-b956-4217-851d-cddd8c69113e-link">15</a></sup></p>



<p>Ce schisme entre peintres lettrés et artisans professionnels ne se fit pas vraiment au Japon &#8211; du moins, les deux catégories n’hésitaient pas à travailler de consort : pendant que les styles de peinture typiquement japonais émergeaient à l&#8217;époque de Heian, la peinture sur paravent connaissait également un essor, en parallèle de la littérature autochtone et des rouleaux illustrés. Il est intéressant de noter que la peinture sur écran au Japon semblait prospérer particulièrement aux époques où le pays était moins exposé à l&#8217;influence chinoise.</p>



<p><em><strong>Différences technologiques majeures</strong></em></p>



<p>Principalement liées à leur utilisation et à leur conception en réponse aux besoins architecturaux et culturels distincts des deux pays, des différences technologiques majeures sont observables entre les paravents chinois et japonais.</p>



<p>En Chine, où les écrans étaient utilisés depuis longtemps mais rarement considérés comme un « grand art », l&#8217;architecture offrait des surfaces murales solides et spacieuses, réduisant ainsi la nécessité de parois mobiles. Sous la dynastie Han au Ier siècle av. J.-C.<sup data-fn="c738e08b-19c3-41d4-84a8-72494f1d227a" class="fn"><a href="#c738e08b-19c3-41d4-84a8-72494f1d227a" id="c738e08b-19c3-41d4-84a8-72494f1d227a-link">16</a></sup>, la peinture à l&#8217;encre et en couleur embellissait déjà les murs des palais, dont on garde une trace par la copie sur soie ou papier car depuis longtemps disparus, mais aussi les murs des tombes et des grottes de pèlerinage, où elles ont souvent été partiellement préservées jusqu&#8217;à nos jours<sup data-fn="e6d06bc0-535b-4285-b547-d36267f90f6f" class="fn"><a href="#e6d06bc0-535b-4285-b547-d36267f90f6f" id="e6d06bc0-535b-4285-b547-d36267f90f6f-link">17</a></sup>&nbsp;&#8211; les peintures murales étaient alors privilégiées, reléguant souvent les paravents, non essentiels, au rang de meubles ou d&#8217;accessoires décoratifs. </p>



<p>De plus, si les Chinois cherchaient une protection, ce n&#8217;étaient généralement pas les courants d&#8217;air réels qu&#8217;ils redoutaient mais plutôt les esprits maléfiques moins tangibles qui pourraient pénétrer dans une maison. Pour contrer cette menace, l&#8217;ingéniosité chinoise consistait à placer un lourd écran dans le hall d&#8217;entrée en face de la porte, car il était connu de tous que les démons ne pouvaient se déplacer qu’en une ligne droite et étaient incapables de contourner les obstacles<sup data-fn="0b1e5722-46ac-43ca-a86f-e3362d5dd362" class="fn"><a href="#0b1e5722-46ac-43ca-a86f-e3362d5dd362" id="0b1e5722-46ac-43ca-a86f-e3362d5dd362-link">18</a></sup>. Cette fonction défensive, bloquant le chemin du mal, fut une des raisons pour lesquelles les paravents chinois n&#8217;étaient pas nécessairement considérés comme des œuvres d&#8217;art majeures ; un simple panneau de construction solide, érigé sur un support de deux pieds fermes, suffisait à chasser les démons.</p>



<p>A contrario, l’évocation d’un art mural japonais se révèlerait être un paradoxe : si les constructions occidentales ou, en l’occurrence, chinoises, dotées de murs massifs sont particulièrement propices à la peinture murale, les habitations et temples japonais présentent une architecture singulière, où les murs sont rares et laissent peu de place à une telle expression artistique. L&#8217;organisation des murs est ainsi souvent conçue de sorte à créer un espace ouvert et flexible, en accord avec les principes de construction traditionnels japonais<sup data-fn="9ace3cc1-a4ab-4a46-bcb3-30846912241c" class="fn"><a href="#9ace3cc1-a4ab-4a46-bcb3-30846912241c" id="9ace3cc1-a4ab-4a46-bcb3-30846912241c-link">19</a></sup>&nbsp;; quatre types de cloisons sont alors observables. Les murs porteurs, robustes et apportant un soutien structurel à la toiture et au plafond, sont généralement situés le long de l’axe de l’édifice &#8211; ces murs épais garantissent la stabilité de l&#8217;ensemble du bâtiment. Dans le développement de l&#8217;art japonais, des essais ont été entrepris pour peindre des murs en plâtre et des panneaux de bois, telles que les portes en bois de la salle du Phénix à Uji&nbsp;près de Kyōto; tentatives rapidement abandonnées, laissant place à une préférence indigène pour des matériaux plus légers.<sup data-fn="c17ccbe3-09ea-4767-8b3b-a77f719a0448" class="fn"><a href="#c17ccbe3-09ea-4767-8b3b-a77f719a0448" id="c17ccbe3-09ea-4767-8b3b-a77f719a0448-link">20</a></sup>&nbsp;Il est encore possible d’observer dans les couloirs de certains temples des panneaux peints en bois, mais peu d&#8217;entre eux méritent une reconnaissance artistique, à l&#8217;exception des peintures de Sōtatsu au Yōgen-in&nbsp;et de certains panneaux attribués à l&#8217;école d’Ogata Kōrin au Daikaku-ji à Kyoto.<sup data-fn="1c7b23b6-8320-4e9a-bf6a-b9b9a721eb70" class="fn"><a href="#1c7b23b6-8320-4e9a-bf6a-b9b9a721eb70" id="1c7b23b6-8320-4e9a-bf6a-b9b9a721eb70-link">21</a></sup></p>



<p>Dans un souci de finesse, les murs latéraux sont quant à eux souvent constitués de panneaux coulissants, nommés&nbsp;<em>fusuma</em>, qui bien que faits pour occuper l’espace de manière pérenne, peuvent être retirés pour modifier la configuration de l&#8217;espace intérieur<sup data-fn="e14a224a-aa8b-4d13-ab73-07792076df1d" class="fn"><a href="#e14a224a-aa8b-4d13-ab73-07792076df1d" id="e14a224a-aa8b-4d13-ab73-07792076df1d-link">22</a></sup>, permettant ainsi de créer différentes configurations de pièces selon les besoins.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Takatomi, Shōei, le moine Yūyo et d’autres me rendirent visite. Nous tenons notre réunion mensuelle de composition de poésie en chaîne. C’est Takatomi qui préside. J’ai préparé simplement la pièce : j’ai retiré les cloisons coulissantes sur quatre baies, du côté ouest, afin d’obtenir une grande pièce de huit baies avec le pavillon de la vie quotidienne. J’ai installé deux paires de paravents le long de la pièce. »<sup data-fn="d8d3ba85-8155-4ef8-97bf-1cdef9251410" class="fn"><a href="#d8d3ba85-8155-4ef8-97bf-1cdef9251410" id="d8d3ba85-8155-4ef8-97bf-1cdef9251410-link">23</a></sup></p>
</blockquote>



<p>A leur tour, certains murs peuvent être composés de panneaux en papier translucide, appelés&nbsp;<em>shōji</em>, permettant à la lumière naturelle de pénétrer dans le bâtiment tout en offrant une certaine intimité. Ils peuvent également être déplacés ou retirés pour ajuster le niveau de luminosité ou pour ouvrir l&#8217;espace vers l&#8217;extérieur.<sup data-fn="c945daf7-d071-4e82-b458-0339cfc4719b" class="fn"><a href="#c945daf7-d071-4e82-b458-0339cfc4719b" id="c945daf7-d071-4e82-b458-0339cfc4719b-link">24</a></sup>&nbsp;Notons enfin qu’il existe également dans l’architecture japonaise des murs décoratifs mais trop spécifiques pour être généralisés : on les trouve dans des zones spéciales telles que le <em>tokonoma</em>, une alcôve traditionnelle japonaise réservée à l&#8217;art et à la décoration.</p>



<p>Cette conception découle de l&#8217;utilisation traditionnelle du bois comme matériau de construction, favorisant des structures légères et flexibles plutôt que des cloisons fixes et imposantes. Ce choix architectural, enraciné dans le climat semi-tropical de nombreuses régions du Japon, offre une habitation aérée et lumineuse, parfaitement adaptée à un environnement où neuf mois de l&#8217;année sont caractérisés par un temps humide et doux. Ainsi, dans cette construction ouverte, l&#8217;art mural trouve son expression à travers des surfaces mobiles plutôt que sur des murs massifs. Aussi, si l&#8217;ingéniosité chinoise tentait d&#8217;empêcher l&#8217;invasion de ces esprits par le simple expédient de placer un lourd écran dans le hall d&#8217;entrée en face de la porte, il semble qu’au Japon les&nbsp;<em>tsuitate</em> firent l’objet du même usage : ces cloisons fixes à pan unique étaient placées à l’entrée en signe de protection du foyer &#8211; bien que moins élaborés artistiquement que leurs homologues chinois, ils étaient souvent décorés de la figure de Shōki, le célèbre exorciste.<sup data-fn="60be73d4-d8af-4994-8027-abe48475acfb" class="fn"><a href="#60be73d4-d8af-4994-8027-abe48475acfb" id="60be73d4-d8af-4994-8027-abe48475acfb-link">25</a></sup></p>



<p>Découlent alors de ces différences liées à des besoins architecturaux et culturels, une matérialité bien précise. Les paravents chinois étaient principalement constitués de panneaux de bois décorés et laqués, reliés entre eux par des charnières métalliques et montés sur des pieds. Leur ensemble, imposant et assez lourd, semblait bien adapté aux vastes pièces des maisons chinoises traditionnelles. Bien que leur importance ait été amoindrie face au développement des peintures murales et reléguée au rang de mobilier décoratif,<sup data-fn="369fae52-531f-4eb7-ba19-06f9ad73e573" class="fn"><a href="#369fae52-531f-4eb7-ba19-06f9ad73e573" id="369fae52-531f-4eb7-ba19-06f9ad73e573-link">26</a></sup>&nbsp;les paravents chinois étaient caractérisés par une grande richesse matérielle, tendant à considérablement se distinguer des paravents japonais : les artisans chinois faisaient souvent appel à la laque, ainsi qu&#8217;à de multiples incrustations de nacre ou de pierres précieuses pour embellir ces paravents relativement &#8220;modernes&#8221;<sup data-fn="8b648b89-2dcc-48eb-a527-d399a0b78ce5" class="fn"><a href="#8b648b89-2dcc-48eb-a527-d399a0b78ce5" id="8b648b89-2dcc-48eb-a527-d399a0b78ce5-link">27</a></sup>.&nbsp;Plusieurs paravents en laque de Coromandel (fig. 12 et 13)41,&nbsp;datés du XVIIesiècle et conservés au musée Guimet, peut être cités pour illustrer notre propos. La littérature et la peinture chinoises firent également mention d&#8217;écrans de soie peinte ou brodée, derrière lesquels les dames de la noblesse se cachaient lors de leurs entretiens, pour ne pas être vues par leur interlocuteur<sup data-fn="f461b08e-3f03-4225-a9cb-cf251ac14e2a" class="fn"><a href="#f461b08e-3f03-4225-a9cb-cf251ac14e2a" id="f461b08e-3f03-4225-a9cb-cf251ac14e2a-link">28</a></sup>. Les&nbsp;<em>byōbu&nbsp;</em>firent quant à eux appel à des matériaux plus légers, souples, à l’image de ceux déjà employés dans leur architecture : le bois et le papier. Nous consacrerons à cette question une partie spécialement dédiée, mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’il s’agit d’une différence notable avec les cloisons chinoises. La présence de pieds diffère également ; si les paravents chinois sont connus pour la robustesse de leur conception et les deux pieds à chacun des pans, il est important de noter que les&nbsp;<em>byōbu&nbsp;</em>japonais n’en comportent aucun. Dans une esthétique épurée et élégante ainsi qu’une plus grande mobilité, les pieds furent très vite supprimés dans un souci de stabilité et de préservation des tatamis sur lesquels ils reposent, par rapport aux sols rigides des demeures chinoises qui ne les craignent pas.</p>



<p>Ces données nous permettent ainsi de comprendre combien le paravent connut au Japon une évolution propre ; sans le dénaturer, les Japonais intégrèrent avec grande habileté les traditions, modes de vie et matériaux nippons afin de créer une des formes d’art qui lui vaudra toute sa fortune culturelle, tant en Asie qu’en Occident, nous le verrons dans l&#8217;article suivant.</p>



<p></p>



<p><em>Cet article a été extrait de l&#8217;étude universitaire &#8220;Poïétique et matérialité des paravents à fond d&#8217;or japonais : une approche traditionnelle et contemporaine de leur restauration&#8221; réalisée en 2024.&nbsp;</em></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="b38a2f98-ca58-432b-acd8-c72c16487e6f">ILLOUZ Claire, <em>Les dessous du paravent japonais : exploration d’une technique picturale à trois dimensions</em>, EREC,<br>1999, p. 9. <a href="#b38a2f98-ca58-432b-acd8-c72c16487e6f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="020e97c0-c78b-47c1-82f7-9034e21228c8">CUNNINGHAM, Michael R., « Byōbu: The Art of the Japanese Screen », <em>The Bulletin of the Cleveland Museum of Art</em>,<br>vol. 71 / 7, Cleveland Museum of Art, 1984, p. 223-232. <a href="#020e97c0-c78b-47c1-82f7-9034e21228c8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="3697df32-df59-4a13-8dab-beec1a53db2b">USAMI Naohachi, “The construction and repair of Japanese folding screens (byōbu)” dans <em>The conservation of Far</em><br><em>Eastern art: preprints of the contributions to the Kyoto Congress</em>, 19-23 September 1988, 1988, p. 59. <a href="#3697df32-df59-4a13-8dab-beec1a53db2b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="a106870e-4103-4817-ba91-98a8c3a4e7b0">REYDEN (van der), Dianne L. &#8220;Technology and Treatment of a Folding Screen: Comparison of Oriental and Western Techniques.&#8221; dans <em>Conservation of Far Eastern Art, Preprints</em>, Twelfth International Congress, Kyoto, edited by<br>Yamasaki, Kazuo, Mills, John S., and Smith, Perry., 64–68, p. 64. <a href="#a106870e-4103-4817-ba91-98a8c3a4e7b0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="ac8ae392-fb8a-4ecd-9e72-075388b3c9ba">MASON Penelope, <em>History of Japanese art, </em>2nd ed, New York, H.N. Abrams, 2005<em>, </em>p. 41. <a href="#ac8ae392-fb8a-4ecd-9e72-075388b3c9ba-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="052e1861-ffe8-4219-ab72-fff40f37cc68">BAUER, Estelle, « Des surfaces qui se plient, se déplient et s’apparient, les paravents dans la tradition picturale<br>japonaise », conférence en ligne, 2020, [En ligne : https://www.youtube.com/watch?v=SgjgbXfDtac]. <a href="#052e1861-ffe8-4219-ab72-fff40f37cc68-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="8df51ad9-0533-492d-9cb7-e801ed63015c">LACAMBRE, Geneviève, BRISSET, Claire-Akiko et TERADA, Torahiko, « Autour des paravents japonais : fonctions, support, espace», Maison de la culture du Japon à Paris, 2022, [En ligne :<br>https://www.youtube.com/watch?v=zknblW4cNM8]. <a href="#8df51ad9-0533-492d-9cb7-e801ed63015c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="658a80be-e3b4-4682-83f5-b91db809771f">GRILLI Elise, <em>The art of the Japanese screen</em>, New York (N.Y.) Tokyo, Weatherhill Bijutsu Shuppan-sha, 1970, p. 150. <a href="#658a80be-e3b4-4682-83f5-b91db809771f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="46c6b7f5-df74-4ab8-8313-8be893a15857">CHRISTIN ANNE-MARIE [et al.], <em>Paravents japonais : par la brèche des nuages</em>, Paris, Citadelles &amp; Mazenod, 2021, p.<br>47. <a href="#46c6b7f5-df74-4ab8-8313-8be893a15857-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="8d564d0a-61cf-4363-b169-43c1b7399017">GRILLI Élise, <em>The art of the Japanese screen</em>, New York (N.Y.) Tokyo, Weatherhill Bijutsu Shuppan-sha, 1970, p. 150. <a href="#8d564d0a-61cf-4363-b169-43c1b7399017-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="12927c1f-05c2-4c9d-821a-c874616ec4dd"><em>ibid.</em> <a href="#12927c1f-05c2-4c9d-821a-c874616ec4dd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="130f544f-433c-4935-bb95-14113e360cba">ILLOUZ Claire, <em>Les dessous du paravent japonais : exploration d’une technique picturale à trois dimensions</em>, EREC,<br>1999, p. 52. <a href="#130f544f-433c-4935-bb95-14113e360cba-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="75db486f-bab8-4787-a4df-451c610b9ed5">GRILLI Elise, <em>The art of the Japanese screen</em>, New York (N.Y.) Tokyo, Weatherhill Bijutsu Shuppan-sha, 1970, p. 151. <a href="#75db486f-bab8-4787-a4df-451c610b9ed5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="a8909ef3-5a44-4c22-a97b-945f266ec182">MASON Penelope, <em>History of Japanese art, </em>2nd ed, New York, H.N. Abrams, 2005, p. 41. <a href="#a8909ef3-5a44-4c22-a97b-945f266ec182-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="7f28cf0e-b956-4217-851d-cddd8c69113e">ILLOUZ Claire, <em>Les dessous du paravent japonais : exploration d’une technique picturale à trois dimensions</em>, EREC,<br>1999, p. 13. <a href="#7f28cf0e-b956-4217-851d-cddd8c69113e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li><li id="c738e08b-19c3-41d4-84a8-72494f1d227a">ELISSEEFF Danielle, <em>Trois mille ans de peinture chinoise, </em>Philippe Picquier, Larousse, 1998, 432 p., p. 147. <a href="#c738e08b-19c3-41d4-84a8-72494f1d227a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16">↩︎</a></li><li id="e6d06bc0-535b-4285-b547-d36267f90f6f">LESBRE, Emmanuelle et LIU, Jianlong, <em>La peinture chinoise</em>, Paris, Hazan, 2007<em>.</em> <a href="#e6d06bc0-535b-4285-b547-d36267f90f6f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17">↩︎</a></li><li id="0b1e5722-46ac-43ca-a86f-e3362d5dd362">ILLOUZ Claire, Les dessous du paravent japonais : exploration d’une technique picturale à trois dimensions, EREC,<br>1999, p. 10. <a href="#0b1e5722-46ac-43ca-a86f-e3362d5dd362-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 18">↩︎</a></li><li id="9ace3cc1-a4ab-4a46-bcb3-30846912241c">TREIB, Marc, « Japan-ness in Architecture, by Arata Isozaki », <em>Journal of the Society of Architectural Historians</em>,<br>vol. 68, mars 2009, p. 114. <a href="#9ace3cc1-a4ab-4a46-bcb3-30846912241c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 19">↩︎</a></li><li id="c17ccbe3-09ea-4767-8b3b-a77f719a0448">GRILLI Élise, <em>The art of the Japanese screen</em>, New York (N.Y.) Tokyo, Weatherhill Bijutsu Shuppan-sha, 1970, p. 136. <a href="#c17ccbe3-09ea-4767-8b3b-a77f719a0448-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 20">↩︎</a></li><li id="1c7b23b6-8320-4e9a-bf6a-b9b9a721eb70"><em>ibid.</em> <a href="#1c7b23b6-8320-4e9a-bf6a-b9b9a721eb70-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 21">↩︎</a></li><li id="e14a224a-aa8b-4d13-ab73-07792076df1d">BAUER, Estelle, « Des surfaces qui se plient, se déplient et s’apparient, les paravents dans la tradition picturale<br>japonaise », conférence en ligne, 2020, [En ligne : https://www.youtube.com/watch?v=SgjgbXfDtac]. <a href="#e14a224a-aa8b-4d13-ab73-07792076df1d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 22">↩︎</a></li><li id="d8d3ba85-8155-4ef8-97bf-1cdef9251410">Beau temps, Ondée vespérale, 1419, (Ôei 26.6.15). « Journal de ce que j’ai vu et entendu » Kanmon Nikki, tenu par le prince Sadafusa (1372-1456) au moins entre 1416 et 1448. Traduction d’après celle du groupe de recherche sur la<br>peinture dans le Kammon nikki.  <a href="#d8d3ba85-8155-4ef8-97bf-1cdef9251410-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 23">↩︎</a></li><li id="c945daf7-d071-4e82-b458-0339cfc4719b">GRILLI Élise, <em>The art of the Japanese screen</em>, New York (N.Y.) Tokyo, Weatherhill Bijutsu Shuppan-sha, 1970, p. 149. <a href="#c945daf7-d071-4e82-b458-0339cfc4719b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 24">↩︎</a></li><li id="60be73d4-d8af-4994-8027-abe48475acfb">ILLOUZ Claire, <em>Les dessous du paravent japonais : exploration d’une technique picturale à trois dimensions</em>, EREC,<br>1999, p. 10. <a href="#60be73d4-d8af-4994-8027-abe48475acfb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 25">↩︎</a></li><li id="369fae52-531f-4eb7-ba19-06f9ad73e573">GRILLI Élise, <em>The art of the Japanese screen</em>, New York (N.Y.) Tokyo, Weatherhill Bijutsu Shuppan-sha, 1970, p. 149. <a href="#369fae52-531f-4eb7-ba19-06f9ad73e573-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 26">↩︎</a></li><li id="8b648b89-2dcc-48eb-a527-d399a0b78ce5"><em>ibid., </em>p. 136. <a href="#8b648b89-2dcc-48eb-a527-d399a0b78ce5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 27">↩︎</a></li><li id="f461b08e-3f03-4225-a9cb-cf251ac14e2a">FOONG, Ping. et FOXWELL, Chealsea, <em>The Multivalent Screen: Materiality and Representation in East Asian Visual</em><br><em>Culture</em>, Art Media Resources, 2019, p. 154. <a href="#f461b08e-3f03-4225-a9cb-cf251ac14e2a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 28">↩︎</a></li></ol>

<div class="wp-block-post-author"><div class="wp-block-post-author__avatar"><img decoding="async" src="https://araca-asso.com/wp-content/uploads/ultimatemember/3/profile_photo-80x80.jpg?1772228227" class="gravatar avatar avatar-48 um-avatar um-avatar-uploaded" width="48" height="48" alt="Julie GUILLAUME" data-default="https://araca-asso.com/wp-content/plugins/ultimate-member/assets/img/default_avatar.jpg" onerror="if ( ! this.getAttribute('data-load-error') ){ this.setAttribute('data-load-error', '1');this.setAttribute('src', this.getAttribute('data-default'));}" loading="lazy" /></div><div class="wp-block-post-author__content"><p class="wp-block-post-author__name">Julie GUILLAUME</p></div></div>


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		<title>Bijutsu, ou geijutsu ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Julie GUILLAUME]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Nov 2024 13:51:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Beaux-Arts, ou artisanat ? Ces deux notions sont, en Occident, traditionnellement antinomiques, autant que le sont les deux mondes auxquelles elles font chacune référence.&#160;Au XVIIIe siècle, d’Alembert distingue déjà dans&#160;L’Encyclopédie&#160;les « Beaux-Arts » de l’artisanat par leur rapport à l’utilité ; la peinture, la sculpture, et la musique sont principalement créées pour l&#8217;expression esthétique, intellectuelle [&#8230;]]]></description>
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<p>Beaux-Arts, ou artisanat ? Ces deux notions sont, en Occident, traditionnellement antinomiques, autant que le sont les deux mondes auxquelles elles font chacune référence.<sup data-fn="7b36bfd4-aa53-45e4-b924-a041a87901e8" class="fn"><a href="#7b36bfd4-aa53-45e4-b924-a041a87901e8" id="7b36bfd4-aa53-45e4-b924-a041a87901e8-link">1</a></sup>&nbsp;Au XVIIIe siècle, d’Alembert distingue déjà dans&nbsp;<em>L’Encyclopédie&nbsp;</em>les « Beaux-Arts » de l’artisanat par leur rapport à l’utilité ; la peinture, la sculpture, et la musique sont principalement créées pour l&#8217;expression esthétique, intellectuelle ou émotionnelle, conçues pour être contemplées et appréciées pour leur beauté et leur signification, mais ne reflètent pas de façon intrinsèque une quelconque utilité pratique. En cela se différencie l&#8217;artisanat qui, se concentrant sur la fonctionnalité et la maîtrise technique, produit des objets utilitaires – meubles, céramiques ou textiles, reflets d’un savoir-faire plutôt que d’une expression personnelle. Cette réflexion est loin d’être récente en Occident et a classifié au fil des siècles autant d’objets que de praticiens, artisans à l’ombre d’artistes dans la hiérarchie culturelle et intellectuelle. Cependant, qu’en est-il de cette séparation à l’Est du globe, plus précisément, au Japon ?</p>



<p>Reprenons alors notre question initiale :&nbsp;<em>bijutsu,&nbsp;</em>ou&nbsp;<em>geijutsu&nbsp;</em>? Dans la littérature occidentale dédiée à l’étude des arts japonais, il n’est pas rare de voir un clivage se former de façon quasi instinctive ; Louis Gonse publia en 1886 deux tomes dédiés à la peinture, la sculpture et l’architecture, avant de s’intéresser au métal, à la laque ou à la céramique. Sont alors nés de ce réflexe occidental ces deux termes ; après le renversement du régime shogunal des Tokugawa, l’ère Meiji (1868-1912) vit l’adoption d&#8217;institutions et de modes de vie imités de l&#8217;Ouest, bouleversant profondément les pratiques artistiques. On regroupa sous le terme de&nbsp;<em>bijutsu&nbsp;</em>la peinture, la sculpture, la poésie et la musique avant de leur ajouter l’architecture, pour désigner enfin les « Beaux-Arts ». Ces pratiques majeures ont alors été séparées de ce que l’on appelle&nbsp;<em>geijutsu,&nbsp;</em>désignant la technique, la science appliquée aux arts ; en d’autres termes, l’artisanat.</p>



<p>Pourtant, cette distinction n’est survenue qu’au XIXe siècle ; elle influença dès lors la classification des objets qui ont été produits à l’époque moderne mais ne tarda pas à gagner les artefacts des époques antérieures, que l’on n’opposait pas nécessairement avant cela. Tout art, pictural, appliqué, décoratif, se trouve au Japon profondément lié à l’architecture. La fréquence des tremblements de terre a rendu impossible l’érection de bâtiments aux proportions imposantes ; les murs de la demeure japonaise sont faits de papiers et de légères cloisons, entre quatre colonnes de bois reposant sur quatre larges pierres.<sup data-fn="8cb474ef-7f98-4433-8f49-c534b134ac15" class="fn"><a href="#8cb474ef-7f98-4433-8f49-c534b134ac15" id="8cb474ef-7f98-4433-8f49-c534b134ac15-link">2</a></sup>&nbsp;C’est alors cette légèreté de la construction japonaise qui détermina le caractère revêtu par l’art<sup data-fn="c0328b0b-8b11-4eff-a39e-f7c05bda00a5" class="fn"><a href="#c0328b0b-8b11-4eff-a39e-f7c05bda00a5" id="c0328b0b-8b11-4eff-a39e-f7c05bda00a5-link">3</a></sup>&nbsp;: une peinture japonaise, plutôt que d’être encadrée dans un lourd châssis, sera bordée de légers brocarts de soie et deux baguettes, ou dans un paravent que l’on plie et déplie à volonté pour des évènements spécifiques. En Europe, un paravent, par son aspect pratique et fonctionnel, serait presque immédiatement rangé dans la catégorie de l’artisanat. Au Japon, la limite est plus floue.</p>



<p>Le paravent japonais, ou&nbsp;<em>byōbu</em>, peut effectivement être assimilé au&nbsp;<em>geijutsu,&nbsp;</em>en raison des compétences hautement techniques requises pour sa fabrication ; du travail du bois, à celui du papier et de ses charnières, de l’ingéniosité de sa fonction au respect des traditions japonaises dont les ateliers font preuve pour sa conception, celui-ci semble parfaitement s’inclure dans la notion que l’Occident construisit de l’artisanat. Forte, effectivement, de traditions ancestrales philosophiques et culturelles, la fabrication du paravent nécessite une rigueur gestuelle et technologique sans conteste, régie par des siècles de pratique et une succession générationnelle et régionale d’ateliers grandement qualifiés. Geste par geste, dans un rapport au temps empreint d’une certaine sagesse, cette maîtrise telle d’une discipline qui, en plus de cela, convoque différents corps de métiers, élève si haut le degré d’un artisanat qui n’aurait rien à envier à une soi-disant supériorité intellectuelle des Beaux-Arts.</p>



<p>Malgré cela, et de là commence à naître notre intérêt pour la question, le paravent japonais s’avère aussi être un support papier de choix pour le déploiement de compositions visuelles et graphiques aussi riches que sophistiquées : en cela, pourrions-nous considérer le <em>byōbu </em>tout aussi apte à représenter les Beaux-Arts ? Lorsqu’il est recouvert de feuille d’or, le <em>kinbyōbu </em>– littéralement paravent à fond d’or, objet de notre étude – renforce absolument son ancrage dans le domaine des <em>bijutsu, </em>en plus d’arborer des fonctions, autres que décoratives, très spécifiques. Cette ambivalence le place alors à la croisée des arts graphiques, de la peinture et du mobilier, contribuant cependant à une sorte de mécompréhension occidentale de sa fonction, son exposition, ce qui a parfois impacté sa conservation.</p>



<p>Cette réflexion a été amorcée par plusieurs conservateurs-restaurateurs du patrimoine ; Claire Illouz, dont les écrits tout à fait éclairants furent parmi nos principales sources, parlait déjà dans les années 1990 de « l’exploration d’une technique picturale à trois dimensions », donnant un aperçu de la complexité d’un tel objet. Pour pallier les divergences déontologiques et traditionnelles inhérentes à cette discipline, des échanges eurent lieu d’Orient en Occident et permirent d’ouvrir la voie à une collaboration internationale, permettant aux restaurateurs occidentaux de se former aux pratiques de restauration traditionnelles nippones et d’offrir, aux œuvres « expatriées », un soin tout à fait respectueux de leur intégrité. </p>



<p>Il sera ainsi question d’étudier les problématiques suivantes : <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-accent-color">en quelles mesures la maîtrise de la matérialité et des techniques artisanales de la fabrication, de la poïétique en somme, du paravent à fond d’or peut-elle permettre des interventions plus respectueuses des traditions japonaises ? Comment la conservation-restauration du&nbsp;<em>byōbu&nbsp;</em>– dont le statut difficile à définir le situe à la croisée des arts graphiques et de l’objet mobilier décoratif et fonctionnel – doit-elle être envisagée, sous le prisme de la notion japonaise du patrimoine matériel ?</mark></p>



<p>L’intérêt de cette recherche est d’une part, plus qu’une simple revue des interventions observées sur les paravents à fond d’or du musée Guimet, de mettre en perspective l’importance de leur histoire, des différents mouvements culturels qui les conduisirent à s’implanter au Japon pour se développer de façon spécifiquement nippone. De l’autre, il s’agira d’étudier un contexte politique qui influença leur usage et leurs différentes implications dans la peinture et l’architecture. Issus, comme d’autres formes artistiques, de la Chine et de la Corée, le&nbsp;<em>byōbu&nbsp;</em>témoigne d’un long processus d’importation et d’adaptation indigène que nous nous attacherons à développer ; l’enjeu étant également d’observer ses différentes articulations, navigant dans les eaux troubles des Beaux-Arts et de l’artisanat.</p>



<p>Plus encore, cette démarche nous permettra d’ouvrir un champ analytique sur la poïétique – faisant référence à la théorie ou à l&#8217;étude de la création artistique et du processus de production dans les arts – par le biais des différents gestes, matériaux, corps de métiers impliqués dans la fabrication d’un tel objet, dont le développement massif fit du paravent une des formes d’art privilégiées par les artistes et leurs récepteurs jusqu’à l’Ouest. Évidemment, ces données sont à étudier sous le prisme des traditions culturelles et philosophiques observées sur l’archipel, régissant leur usage autant que leur production, mais aussi, leur restauration. La préservation des arts au Japon arbore un rapport au temps et à l’artisanat particulièrement intéressant, souvent loué des restaurateurs européens qui tentent depuis quelques décennies de s’en approcher. Ceci donna ainsi naissance à une collaboration internationale absolument essentielle, permettant à la fois aux musées occidentaux d’offrir aux biens « expatriés » qu’ils conservent des traitements respectueux de leur histoire et de leur matérialité, et aux restaurateurs nippons de renforcer leur approche scientifique par le biais de technologies contemporaines.</p>



<p>Ainsi, nous amorcerons une réflexion sur la façon dont la poïétique souligne l&#8217;importance du processus créatif et de la production artistique dans la restauration des paravents à fond d&#8217;or japonais, mettant en avant la manière dont les gestes et la connaissance de la matérialité s’avèrent indispensables dans la conservation-restauration des&nbsp;<em>byōbu.&nbsp;</em>Notre étude de cas portera alors sur cinq paravents restaurés par des professionnels libéraux et nous analyserons, sous le prisme de toutes les données évoquées jusqu’à présent, les interventions qui ont été réalisées.</p>



<p></p>



<p><em>Cet article a été extrait de l&#8217;étude universitaire &#8220;Poïétique et matérialité des paravents à fond d&#8217;or japonais : une approche traditionnelle et contemporaine de leur restauration&#8221; réalisée en 2024.&nbsp;</em></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="7b36bfd4-aa53-45e4-b924-a041a87901e8">DUFOUR-EL MALEH, Marie-Cécile, « Art et artisanat, figure double de la créativité », <em>Horizons Maghrébins &#8211; Le droit</em><br><em>à la mémoire</em>, 1997, p. 33. <a href="#7b36bfd4-aa53-45e4-b924-a041a87901e8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="8cb474ef-7f98-4433-8f49-c534b134ac15">DICK, Stewart et PETRUCCI, Raphaël, <em>Les Arts et métiers de L’ancien Japon</em>, Vromants et Cie Imp. Edit. Bruxelles, 1914, p. 13. <a href="#8cb474ef-7f98-4433-8f49-c534b134ac15-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="c0328b0b-8b11-4eff-a39e-f7c05bda00a5"><em>ibid.</em> <a href="#c0328b0b-8b11-4eff-a39e-f7c05bda00a5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li></ol>


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